Le paiement dirigé : une révolution se prépare

La blockchain révolutionne les échanges commerciaux. Concernant le paiement dirigé, la société MoneyTrack va apporter des solutions inédites pour tous les acteurs du secteur marchand, des chaînes de magasins aux banques en passant par les compagnies d’assurance. Rencontre avec Christophe Doré, Président/CEO  de MoneyTrack.

Mais qu’est-ce que le paiement dirigé ? Il s’agit d’un paiement financé par un tiers et destiné à une typologie d’achats, souvent effectués chez un commerçant prédéfini : on peut nommer en exemple le chèque cadeau, financé par un comité d’entreprise et remis à un salarié afin de s’offrir un produit ou un service prédéterminé chez un marchand ou un ensemble de marchands sélectionnés en amont. Autre exemple, celui du remboursement de sinistre pour les compagnies d’assurance ; en effet, l’assureur indemnise son assuré après un accident en lui versant une somme d’argent destinée à un usage spécifique. À la genèse du projet de MoneyTrack se trouve un consortium créé par le fonds VC Truffle Capital, réunissant l’INRIA, le Pôle Universitaire Léonard de Vinci, Wizipay et OcamlPro. La société a été créée en début d’année 2018 par Truffle Capital et son CEO, avec pour ambition de révolutionner le secteur du paiement dirigé, en France et à l’international. Elle a été dotée d’un capital de 2.6 millions d’euros et, fait unique sur ce marché, MoneyTrack est labellisée par le fonds unique interministériel (FUI 24) qui finance sa R&D à hauteur de 1.3 millions d’euros. Le déclencheur de cette innovation a été le constat fait par MoneyTrack  que le coût du contrôle effectué par les banques et assurances sur les très petits montants d’indemnisation ou de crédits étaient supérieurs au revenu généré. Du point de vue des assurances, la ‘fraude’ des assurés pour leur indemnisation (ex : en cas de cambriolage ou de dégâts des eaux) est estimé à 10% du montant des polices d’assurance. Le contrôle de l’argent est presque impossible et son coût, s’il devait être mis en œuvre systématiquement, demanderait des moyens qui engageraient la rentabilité des compagnies. Côté Banques, les crédits à la consommation accordés aux particuliers servent parfois à rembourser d’autres crédits en cours… C’est une exposition au risque que les banques ont beaucoup de mal à contrôler, compte tenu du nombre de crédits de faibles montants accordés chaque année. Or, la Blockchain, en ce qu’elle permet de tracer les achats sans tiers de confiance, à travers des transactions digitalisées contient en elle-même une réponse…

Des transactions sûres et infaillibles grâce à la blockchain

Les acteurs ont chacun une vision de ce que peut leur apporter la blockchain ; cette nouvelle technologie, comme Internet, a besoin de sociétés leaders pour mettre en œuvre les premiers projets. Ensuite, elle va faciliter tous les acteurs dans leur organisation… Mais cela prend du temps, et les professionnels doivent apprendre son fonctionnement en même temps qu’elle se développe. En revanche, tout le monde est d’accord sur la pertinence de cette technologie, grâce à laquelle les transactions deviennent claire, transparentes et historisées. « Partout où il existe une problématique de confiance dans les échanges et dès que la digitalisation de ces échanges est possible, la technologie blockchain ouvre de nouvelles possibilités. MoneyTrack va prouver son efficacité principalement dans le secteur de la finance pour le contrôle de l’argent, de la sécurité pour la lutte contre la fraude, et dans le domaine de la consommation grand public pour digitaliser les chèques cadeaux ou les coupons de réduction » explique Christophe Doré, Président/CEO de MoneyTrack. Comment ? La blockchain de MoneyTrack permet de contrôler la bonne utilisation des fonds versés. L’argent est fourni via un « ticket » dématérialisé (appelé token) qui porte les caractéristiques d’utilisation de la transaction : le montant, l’univers de consommation ou les enseignes des marchands habilités à accepter la transaction, la durée de validité du règlement… L’argent est donc inséré dans un porte-monnaie électronique appelé « wallet » et la dépense pourra être effectuée en ligne sur les sites des marchands partenaires des assureurs ou des banques, qui financent l’indemnisation ou le crédit. Prenons en exemple une personne victime d’une inondation à son domicile, qui se voit contraint de racheter du matériel électroménager. Son assureur l’indemnisera via MoneyTrack en lui allouant la somme définie sur un porte monnaie électronique en ligne, et la personne pourra dépenser cet argent sur les sites internet des partenaires de l’assureur. Attention toutefois, car si la personne ne doit remplacer qu’un frigo, alors elle ne pourra acheter autre chose qu’un frigo. Résultat ? L’indemnisation est plus rapide, sans avance de frais de la part de l’assuré, c’est une garantie que l’argent a bien été utilisé. Il permet également à l’assuré de bénéficier de services complémentaires : livraison, extension de garantie ou réduction sur l’achat du matériel. Le marchand accepte ce token comme un moyen de paiement, et augmente son chiffre d’affaires  du fait que l’argent est dirigé vers son site internet. En contrepartie, il paie des commissions d’apport d’affaires au financeur. Ces commissions sont 4 à 5 fois inférieures aux coûts marketing actuellement dépensés par les e-marchands pour attirer de nouveaux clients sur leur site. « Notre solution revient à diriger les fonds versés, les contrôler et en tirer un revenu pour tous les participants ». MoneyTrack est une plateforme fondamentalement disruptive, susceptible de remplacer les intermédiaires classiques sur le marché des paiements dirigés. Et sur quel modèle économique fonctionne MoneyTrack ? « Il y aura deux types de revenus : les revenus associés au coût de la transaction facturés au financeur, et des commissions d’apport d’affaires facturées aux e-marchands, sur le modèle de ce qui se pratique en affiliation web. Nous pouvons également imaginer une redistribution du revenu en réduction pour le bénéficiaire - comme cela se pratique dans les programmes de fidélité. Nous aidons l’économie réelle à prendre le virage du digital qui lui apporte davantage de services, de flexibilité et de sécurité, et diminue drastiquement les coûts opérationnels. La blockchain apporte à tous les acteurs une version unique de la vérité, incontestable et surtout indispensable pour que les commissions soient facturées en confiance pour tout le monde » indique Christophe Doré.

MoneyTrack : une plateforme qui tend vers l’international

La plateforme MoneyTrack comprend trois niveaux : une interface utilisateurs, un OS, et une blockchain. Les interfaces permettent aux financeurs de créer leur monnaie, charger les « wallets » des bénéficiaires et définir les conditions de dépense de l’argent. L’application web permet aux utilisateurs de dépenser leur argent en ligne, et aux e-marchands de suivre les paiements sur leur site et bien demander le remboursement au financeur.

La partie OS (à savoir le système d’exploitation) permet de transformer les caractéristiques du programme de paiement dirigé en contrat intelligent, ou « smartcontract », une sorte de robot alliant cryptographie et informatique sophistiquée qui s’assure de la bonne exécution des paiements dans la blockchain.

Le dernier niveau est la blockchain, qui agit comme un grand registre virtuel regroupant toutes les transactions effectuées par les utilisateurs, de manière transparente et sécurisée. Moneytrack utilise le protocole TEZOS, reconnu mondialement pour sa fiabilité et son environnement sécurisé.

MoneyTrack finance son expansion à l’international via une Initial Coin Offer (ICO) : il s’agit d’une levée de fonds qui ressemble à une prévente en crowd funding. Elle est pratiquée par les acteurs de la blockchain notamment, où les investisseurs préachètent les transactions futures (les fameux token) afin de lancer leur propre application de paiement dirigé sur MoneyTrack. « Nous nous sommes rapidement aperçus que MoneyTrack pouvait intéresser autant des banques/assureurs français qu’internationaux. Les problèmes sont identiques. Mais le développement à l’international prend du temps et nécessite d’abord de bien connaître les marchés locaux. Nous avons donc décidé de lancer une ICO dont les fonds serviront à incuber des projets de paiement dirigé sur notre propre plateforme. Nous cherchons des partenaires qui nous aideront à développer le business, particulièrement en Asie, où le marché est gigantesque ». Moneytrack a déjà effectué 3 roadshow en Asie et est entré en discussion avec des investisseurs à HongKong, Singapour et Séoul, car le marché asiatique du crédit à la consommation et de l’assurance se prête particulièrement au sujet.

Cette levée de fonds particulière - ICO - permet de se financer sans donner de capital et donne une ambition internationale à l’entreprise. Christophe Doré informe sur les projets à venir : « MoneyTrack va lancer une première application en fin d’année, avec un assureur. Nous allons travailler aussi très rapidement avec une autre compagnie, qui utilisera nos services comme outil d’indemnisation et incubera notre plateforme comme un projet blockchain interne à part entière. Les E-Marchands sont contents de nos avancées et sont en phase d’imaginer toutes les applications que l’on va pouvoir développer ensemble. » Nous n’avons donc pas fini d’en entendre parler.

Bio express de Christophe Doré

1998-2007 : début de sa carrière au sein de la division Services du groupe Accor

2005 : il est nommé à la Direction des Ventes Nationale

2007 : il devient Directeur Commercial chez VediorBis et participe à la transformation de l’entreprise lors de la fusion avec le hollandais Randstad

2010 : il rejoint l’annuaire téléphonique 118 218 comme Directeur Commercial

2011 : il reprend la Direction des ventes Corporate d’Europcar France

2013 : il rejoint Moneo Payment Solutions en tant que Directeur Commercial & Marketing et lance le tout premier titre restaurant sur carte bancaire Mastercard en France

2016 : il devient Directeur Général de Moneo Payment Solutions et accompagne la sortie de fonds en cédant les actifs à Edenred France

2018 : CEO et co-fondateur avec Truffle Capital de la fintech MoneyTrack, 1ère plateforme blockchain de paiement dirigé (assurance MRH, Crédit à la consommation…), développée en consortium avec la recherche publique françaises et labellisée par le fond unique interministériel #FUI24.

Le paiement dirigé : un marché d’avenir

Je pense que le domaine du paiement dirigé, que je définis de manière très large comme l’ensemble des moyens de paiement dont les conditions d’usage sont restreintes et paramétrée, devrait connaître un très fort développement dans le futur grâce aux blockchains et aux smart contracts. La blockchain devrait non seulement être un vecteur d’accélération de la dématérialisation du secteur et de sa transformation numérique, mais aussi un moyen de créer de nouveaux services à la fois pour les financeurs, les bénéficiaires de ces programmes, et les marchands. Et ce n’est pas un jeu à somme nulle où les uns risquent de perdre ce que les autres vont gagner : les volumes de paiements dirigés devraient croître, avec des coûts de transaction plus faibles et une meilleure qualité de service.

Alexis Collomb - Professeur de finance au Conservatoire National des Arts et Métiers, et co-directeur scientifique de la Blockchain Perspectives Joint Research Initiative