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Cosmétique, la conformité n'est pas qu'une contrainte administrative, c'est un enjeu stratégique

il y a 1 heure
4 min de lecture

Fondée en 2005, la société Essential Consulting accompagne depuis plus de vingt ans les marques cosmétiques dans leurs enjeux réglementaires en aidant les acteurs du secteur à accéder en toute conformité au marché européen comme aux marchés internationaux. Dans un contexte de durcissement réglementaire, de pressions environnementales et de contrôles renforcés, David Perrier, fondateur et dirigeant, revient sur les grands défis auxquels sont confrontées les marques.


Informations Entreprise : vous accompagnez les acteurs de la cosmétique depuis plus de vingt ans. Comment avez-vous vu évoluer les problématiques réglementaires ?


David Perrier (fondateur et dirigeant) : Lorsque nous avons créé Essential Consulting en 2005, la réglementation cosmétique reposait principalement sur la directive européenne 76/768, remplacée depuis par le règlement 1223/2009. Aujourd’hui, ce texte reste la référence, mais il s’accompagne de nombreuses réglementations transversales pouvant concerner la sécurité humaine ou l’environnement, comme REACH, CLP, ou le nouveau règlement PPWR sur les déchets d’emballages. La conformité est devenue plus complexe et impose une veille réglementaire permanente.


Pourquoi le réglementaire ne doit-il plus être perçu comme une simple formalité administrative ?


Parce que la réglementation ne se résume pas à des documents à produire. Le Dossier d’Information Produit, par exemple, est un document vivant qui permet de démontrer que le produit est sûr pour le consommateur : il doit être mis à jour tout au long de la vie du produit et constitue avant tout un outil de maîtrise des risques, plus qu’un simple document administratif à montrer lors d’un contrôle.


Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels les marques sont confrontées ?


Le principal défi est l’accélération et la diversification des évolutions réglementaires. Les restrictions et interdictions de substances deviennent plus fréquentes, ce qui impose des reformulations régulières.


Les grands groupes disposent généralement d’équipes dédiées pour suivre ces évolutions. Pour les petites structures, c’est beaucoup plus complexe. Elles doivent s’appuyer sur une expertise externe capable d’anticiper les changements à venir.


Comment une entreprise peut-elle anticiper les évolutions réglementaires ?


Grâce à une veille permanente. Lorsqu’une substance est remise en question, le processus officiel d’évaluation et de décision s’étale généralement sur une assez longue période. Les entreprises qui suivent ces évolutions disposent donc du temps nécessaire pour préparer leurs reformulations. Celles qui attendent la publication des textes se retrouvent souvent dans l’urgence.


Quel impact ont aujourd’hui des textes comme REACH ou les nouvelles exigences environnementales ?


REACH encadre l’ensemble des substances chimiques commercialisées en Europe, y compris celles utilisées dans les cosmétiques. Les entreprises doivent donc s’adapter lorsque certains ingrédients sont restreints pour des raisons sanitaires ou environnementales. Plus largement, les enjeux environnementaux occupent une place croissante et doivent désormais être intégrés dès la conception des produits.


Les tendances comme la clean beauty ou la naturalité sont-elles compatibles avec les contraintes réglementaires ?


Tout à fait. Il ne faut simplement pas oublier que les exigences liées à la naturalité viennent s’ajouter à la réglementation cosmétique classique.

Qu’un produit soit bio, naturel ou conventionnel, il doit d’abord respecter le règlement européen 1223/2009. Ensuite, les marques peuvent choisir de se conformer à des référentiels complémentaires comme la norme ISO 16128, et / ou des référentiels privés.


Les allégations produits font aujourd’hui l’objet d’une vigilance accrue. Quels sont les principaux pièges à éviter ?


Les autorités accordent désormais autant d’importance à la protection économique du consommateur qu’à sa sécurité sanitaire.

Chaque allégation doit pouvoir être démontrée. Lorsqu’une marque affirme qu’un produit est hydratant, anti-âge, anti-taches, ou toute autre revendication, elle doit disposer de preuves adaptées : études consommateurs, tests instrumentaux ou évaluations cliniques selon le niveau de revendication.

Les contrôles portent de plus en plus sur la capacité des entreprises à justifier leurs promesses marketing.


Quelles peuvent être les conséquences d’une non-conformité ?


Elles dépendent de la nature du problème. Il peut s’agir d’un dossier incomplet, d’un étiquetage non conforme ou d’allégations insuffisamment démontrées.

Dans les cas les plus sérieux, cela peut conduire à des retraits de marché ou à des sanctions administratives et pénales. Même si les incidents graves restent extrêmement rares dans le secteur cosmétique, les entreprises ne peuvent pas se permettre de négliger ces obligations.


Quelles erreurs observez-vous le plus souvent lors d’un projet d’internationalisation ?


Le manque d’anticipation. Avant tout lancement, il faut vérifier que la formule, les ingrédients et les revendications sont compatibles avec les marchés visés. Les adaptations d’étiquetage et les éventuelles procédures locales d’enregistrement doivent également être intégrées dès que possible.


Vous insistez souvent sur l’importance d’intégrer le réglementaire dès la conception du produit. Pourquoi ?


Parce que cela permet de gagner du temps et d’éviter des coûts importants.

Lorsque la conformité réglementaire d’une formule est vérifiée dès sa conception, il est bien entendu possible d’éviter les substances déjà interdites ou en cours d’interdiction, mais aussi celles dont la sécurité est mise en cause et don l’usage pourrait être restreint à l’avenir. Cela évite de lancer un produit qui devra être reformulé peu de temps après.

Le réglementaire doit aujourd’hui être considéré comme un outil d’aide à la décision dès la phase de développement.


Les restrictions d’ingrédients se multiplient. Comment préserver malgré tout la capacité d’innovation des marques ?


Là encore, la veille est essentielle.

Notre rôle consiste notamment à alerter les entreprises lorsqu’une substance commence à être surveillée par les autorités ou les comités scientifiques. Cela leur laisse une période suffisante pour étudier des alternatives et adapter leurs formules sans précipitation.

L’objectif n’est pas de réagir dans l’urgence mais d’anticiper intelligemment les évolutions futures.


À quoi ressemblera le métier de consultant réglementaire dans cinq ans ?


La veille réglementaire prendra une place encore plus importante.

Les entreprises auront besoin d’être accompagnées pour anticiper des évolutions toujours plus nombreuses, qu’elles concernent la santé du consommateur ou l’environnement.

Je ne crois pas vraiment à un assouplissement des réglementations. Au contraire, la tendance mondiale est au renforcement des contrôles et des exigences. Pour les marques, la conformité deviendra de plus en plus un facteur de confiance, de crédibilité et, finalement, de compétitivité.


 
 
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