Rendre l'immobilier alternatif enfin accessible

L’investissement immobilier alternatif change de visage. Plus accessibles, plus réglementées et plus sélectives, les plateformes de financement participatif répondent à des investisseurs désormais en quête de transparence et de rigueur. Andreea Danci, présidente et cofondatrice de We Are Olivia, décrypte les mutations du marché et la stratégie déployée par son entreprise pour y répondre.
Informations Entreprise : Après plusieurs années de tensions sur le marché immobilier, assiste-t-on selon vous à une nouvelle phase pour l’investissement alternatif ?
Andreea Danci (Présidente et cofondatrice de We Are Olivia) : Le marché immobilier vient de traverser l’une des périodes les plus complexes de ces vingt dernières années. Cette crise a profondément transformé les pratiques, mais elle agit aussi comme un évélateur. Les opérateurs sont désormais contraints de renforcer leur professionnalisme, de sélectionner plus rigoureusement leurs opérations et de construire des montages financiers plus solides.
Nous observons la même évolution dans le financement participatif immobilier. Après plusieurs années de forte croissance, le secteur entre progressivement dans une phase de maturité. Les investisseurs deviennent plus exigeants. Ils ne regardent plus uniquement le rendement affiché ; ils s’intéressent davantage à la qualité de projets, aux garanties proposées, à l’historique des remboursements et à la solidité des équipes. Cette évolution est saine. Elle favorise les acteurs capables de démontrer une véritable expertise et une sélection rigoureuse des opérations plutôt que de rechercher uniquement une croissance rapide. »
La démocratisation de l’investissement immobilier est souvent évoquée. Qu’est ce que cela signifie concrètement aujourd’hui ?
Pour moi, démocratiser l’investissement ne consiste pas uniquement à réduire le montant nécessaire pour investir. Il s’agit avant tout de permettre au plus grand nombre d’accéder à des opportunités qui étaient jusqu’à présent réservées à des investisseurs institutionnels ou à des patrimoines très importants.
Cette évolution a été rendue possible par la réglementation européenne, par les plateformes agréées et par les outils numériques qui simplifient le parcours d’investissement. Aujourd’hui, chacun peut investir à partir de 100 euros dans des opérations immobilières tout en bénéficiant d’un cadre réglementé et d’un niveau d’analyse comparable à celui des investisseurs professionnels. Cette ouverture attire de nouveaux profils. Nous voyons arriver davantage de jeunes actifs qui construisent progressivement leur patrimoine, mais aussi davantage de femmes. Cette diversification des investisseurs constitue, selon moi, l’une des évolutions majeures du marché actuel.
Dans un contexte où les investisseurs sont plus vigilants, quels sont aujourd’hui les principaux critères de confiance ?
La démocratisation de l’investissement ne doit jamais conduire à banaliser le risque. Le financement participatif immobilier reste un investissement présentant un risque de perte en capital. C’est pourquoi nous pensons que la transparence est indispensable. Le rendement ne doit jamais constituer le seul critère de décision.
Avant tout investissement, il est essentiel d’analyser le porteur de projet, la qualité de l’actif immobilier, les garanties mises en place ainsi que la stratégie de sortie prévue. Les investisseurs sont aujourd’hui beaucoup plus attentifs à ces éléments qu’auparavant, ce qui est une évolution très positive. Notre rôle consiste précisément à leur apporter une information claire afin qu’ils puissent prendre leurs décisions en connaissance de cause. Nous sommes convaincus que la pédagogie est aussi importante que la performance, car elle permet d’inscrire la relation de confiance dans la durée.
Comment We Are Olivia répond-elle à ces nouvelles attentes du marché ?
Notre différence ne repose pas uniquement sur une plateforme digitale. Elle repose d’abord sur notre culture bancaire. Toute notre équipe est issue de la banque, de l’immobilier ou du private equity, et nous avons conservé cette exigence d’analyse dans notre manière de sélectionner les projets. Chaque opération est étudiée selon une méthodologie inspirée des établissements financiers : nous analysons les opérateurs, les actifs, les flux financiers, les garanties et les différents scénarios de sortie.
Nous faisons également le choix de privilégier des opérations de taille raisonnable, sur lesquelles nous sommes souvent l’unique créancier afin de structurer des sûretés solides lorsque cela est possible. Notre objectif n’est pas de multiplier les projets à tout prix, mais de conserver un niveau d’exigence élevé. Cette approche s’inscrit pleinement dans notre mission : rendre l’investissement alternatif accessible tout en conservant les standards d’analyse issus de nos parcours bancaires.

We Are Olivia porte également un discours fort autour de l’inclusion financière. Pourquoi
cet engagement fait-il partie de votre stratégie ?
Nous avons créé We Are Olivia avec une double ambition. La première est de rendre l’investissement alternatif plus accessible, plus transparent et plus pédagogique. La seconde est de contribuer à une meilleure égalité économique entre les femmes et les hommes.
Historiquement, notre communauté est principalement composée d’hommes d’une cinquantaine d’années, cadres ou dirigeants, qui représentent encore plus de 70 % de nos investisseurs. Mais nous constatons une évolution encourageante avec une présence

croissante des jeunes investisseurs et des femmes. Nous souhaitons accompagner ce mouvement à travers différentes initiatives, comme les Breakfast with Olivia, des conférences ou encore notre guide Invest Like a WAOMAN. Notre objectif est de montrer que la construction d’un patrimoine ne doit pas être réservée à quelques profils ou à ceux qui disposent déjà d’un capital important.
Après deux années de développement, quelles sont désormais les ambitions de We Are Olivia et votre vision de l’avenir du secteur ?
Nous franchissons cette année une étape importante avec nos deux ans d’activité et plus de 10 millions d’euros collectés en moins de dix-huit mois. Ce cap confirme l’intérêt croissant des Français pour ces nouvelles formes d’investissement immobilier.
Notre ambition est de poursuivre notre développement partout en France tout en conservant ce qui fait notre identité : une sélection exigeante des projets et une véritable proximité avec notre communauté d’investisseurs. Plus largement, je suis convaincue que nous assistons aujourd’hui à un tournant. Le crowdfunding immobilier entre dans un âge de maturité. Les investisseurs recherchent désormais des plateformes solides, transparentes et capables de démontrer leur qualité de sélection. Je pense que, dans les cinq à dix prochaines années, cette forme d’investissement sera pleinement reconnue comme une véritable classe d’actifs, complémentaire de l’immobilier détenu en direct, de l’assurance- vie ou des marchés financiers.



