Réinventer l'innovation biopharma à coût maîtrisé

L’Europe décroche dans la compétition biopharmaceutique. Régulations lourdes, financements rares, concurrence américaine et asiatique : l’innovation peine à franchir le cap industriel. Avec Pharma-Consulting ENABLE et ENABLE Biotech, Alain Pralong défend une réponse concrète : plus d’agilité, plus d’exécution et un modèle pensé pour aider les start-ups à atteindre leurs premières étapes cliniques.
Informations Entreprise : Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux facteurs qui expliquent le manque de compétitivité de l’Europe dans le secteur biopharmaceutique face aux États-Unis et à l’Asie ?
Alain Pralong (CEO et fondateur de Pharma-Consulting sarl et ENABLE Biotech Ltd.) : Nous évoluons aujourd’hui dans un contexte économique particulièrement difficile, marqué par une concurrence internationale très forte, notamment de l’Asie et des États-Unis, qui attirent massivement les investissements grâce à des politiques volontaristes et pro-industrie.
À l’inverse, l’Europe souffre d’un environnement réglementaire lourd et d’une dynamique politique qui freine l’initiative. Nous observons également un problème culturel : la prise de risque y est moins valorisée, et l’échec entrepreneurial reste stigmatisé, alors même qu’il fait partie intégrante de l’innovation. À cela s’ajoute une fiscalité et un cadre économique qui limitent la liberté d’entreprendre. Pourtant, des pays comme la France disposent de nombreux atouts industriels et scientifiques. Le véritable enjeu est donc de recréer un écosystème favorable à l’initiative, en simplifiant les règles, en valorisant l’entrepreneuriat et en redonnant confiance aux investisseurs comme aux talents.
Comment les difficultés d’accès au financement impactent-elles concrètement le développement des start-ups biopharmaceutiques et des acteurs qui les accompagnent?
Nous constatons concrètement, avec ENABLE Biotech, à quel point l’accès au financement est un obstacle majeur, même pour des modèles pourtant essentiels comme les sociétés de services. Dans notre cas, il est quasiment impossible d’obtenir un soutien bancaire classique : nous devons financer la croissance par nos propres moyens.
Du côté des start-ups, la situation est encore plus critique. Les investisseurs recherchent des rendements extrêmement élevés, ce qui exclut de nombreux projets pourtant prometteurs mais plus progressifs. Nous sommes ainsi face à un paradoxe : nous voulons favoriser l’innovation, mais nous imposons des conditions qui la freinent. À l’international, certains pays investissent massivement et structurent des écosystèmes complets, là où l’Europe reste fragmentée et prudente. Si nous ne sommes pas prêts à accepter une part de risque et à soutenir davantage d’initiatives, nous continuerons à perdre des industries clés et à laisser d’autres régions prendre l’avantage.
Qu’en est-il des innovations et le développement de nouvelles solutions ?
Le secteur des biotechnologies et des sciences de la vie est, par nature, extrêmement capitalistique. Nous le constatons au quotidien : de nombreuses start-ups arrivent au bout de leur financement sans parvenir à lever de nouveaux fonds, ce qui les conduit à cesser leurs activités. Cette situation crée un paradoxe.
D’un côté, elle nous permet, chez ENABLE Biotech, de récupérer des équipements de pointe à des coûts très faibles et de construire ainsi un laboratoire performant. Mais de l’autre, elle révèle surtout une perte considérable d’innovation. Derrière chaque faillite, ce sont des projets prometteurs, des approches nouvelles et des avancées potentielles qui disparaissent faute de soutien financier. Nous laissons ainsi échapper une partie de notre capacité d’innovation. Or, sans prise de risque ni investissement, il devient impossible de faire émerger les ruptures technologiques de demain.
En quoi votre approche opérationnelle et collaborative se distingue-t-elle des modèles traditionnels du conseil et de la production biopharmaceutique ?
Nous avons fait le choix de nous concentrer avant tout sur l’exécution et les résultats concrets. Avec Pharma Consulting, notre approche est claire : nous intervenons pour résoudre des problèmes et produire des résultats tangibles, là où certains acteurs se limitent à des recommandations stratégiques sans mise en oeuvre.
Cette logique opérationnelle se prolonge avec ENABLE Biotech. Nous avons voulu créer une plateforme accessible, pensée pour accompagner les start-ups jusqu’aux premières phases cliniques, avec un modèle collaboratif et des coûts adaptés à leurs contraintes. Contrairement aux grands acteurs industriels, très performants pour des productions à grande échelle, mais peu flexibles, nous proposons un environnement plus agile. Les jeunes entreprises peuvent ainsi s’impliquer, comprendre et progresser avec nous. Notre objectif est de leur offrir non seulement un service, mais un véritable partenariat, capable de transformer leurs idées en réalité.

En quoi votre modèle permet-il de faciliter l’accès au financement pour les start-ups et de renforcer la compétitivité du secteur biopharmaceutique en Europe ?
Nous permettons aux start-ups de réduire significativement leurs besoins en financement initial en leur proposant un modèle plus adapté à leur réalité. Il est en effet beaucoup plus accessible de lever 7 à 10 millions d’euros que 20 ou 30 millions. Cette approche élargit le cercle des investisseurs potentiels et facilite le lancement de projets innovants. En réduisant les coûts et en mutualisant certains moyens, nous contribuons à diminuer le niveau de risque tout en augmentant le nombre d’initiatives qui peuvent voir le jour.
Cela crée un effet vertueux : plus de projets financés, plus de diversité technologique, et donc davantage de chances de faire émerger des innovations majeures. À terme, cette dynamique peut contribuer à recréer un tissu industriel compétitif en Europe, capable de rivaliser à l’échelle internationale. Pour réussir, il est essentiel de se donner les moyens d’investir intelligemment et de soutenir l’innovation de manière pragmatique.
Comment les avancées technologiques, notamment l’intelligence artificielle, sontelles en train de transformer la recherche et le développement dans le secteur biopharmaceutique ?
Nous sommes à l’aube de transformations majeures dans les sciences de la vie, portées notamment par l’intelligence artificielle. Celle-ci permet déjà d’analyser des volumes de données considérables — des dizaines de milliers de publications chaque mois — et d’identifier des corrélations ou des pistes que l’humain seul ne pourrait détecter. L’enjeu n’est plus simplement d’utiliser ces outils, mais de les intégrer pleinement comme leviers de recherche et de développement.
Parallèlement, notre compréhension du vivant progresse à une vitesse inédite : des anticorps aux thérapies ARN, en passant par les exosomes, de nouvelles approches thérapeutiques émergent. Cette accumulation de connaissances ouvre des perspectives immenses, mais pose aussi un défi : savoir transformer cette masse d’informations en innovations concrètes, en médicaments efficaces et industrialisables. La compétition se jouera précisément sur cette capacité à exploiter intelligemment ces données pour accélérer l’innovation.
Pour conclure, quel message souhaitez-vous faire passer à nos lecteurs ?
L’Europe dispose encore d’atouts scientifiques, industriels et humains exceptionnels dans les biotechnologies et les sciences de la vie. Mais les chiffres montrent clairement que d’autres régions avancent aujourd’hui plus vite, investissent davantage et sont prêts à prendre plus de risques.
L’innovation ne peut pas se développer dans un environnement dominé par la prudence excessive, la complexité administrative et la peur de l’échec. Les grandes ruptures technologiques ont toujours nécessité de l’audace, des investissements et une volonté d’accepter une part d’incertitude.
Si l’Europe veut préserver sa souveraineté industrielle, ses talents et sa capacité d’innovation, elle devra recréer un environnement qui encourage l’initiative, accélère l’exécution et soutient davantage les entrepreneurs et les technologies émergentes.
Le statu quo n’est plus une option. Dans un contexte de compétition mondiale intense, il devient essentiel d’oser entreprendre, investir et construire.
No Guts – No Glory.



