La pharmacie repensée à 360 degrés
- Charlotte Combet

- il y a 1 jour
- 5 min de lecture

La pharmacie vit une mutation sans précédent : Agrandissement des formats, missions élargies, nouvelles attentes des patients et pression économique croissante redessinent les contours d’un métier longtemps resté figé. Comment les officines peuvent-elles conjuguer performance, modernisation et préservation de leur identité de proximité ? Avec PHIRST, jeune société fondée par cinq experts de la pharmacie issus du retail, de la medtech et de l’architecture commerciale, une nouvelle voie s’ouvre : celle d’une transformation systémique, où agencement, automatisation et stratégie marchande ne font plus qu’un.
Informations Entreprise : Comment percevez-vous l’évolution du modèle économique et du rôle de la pharmacie en France au cours de ces dernières années ?
Rémi Chartier (Co-Fondateurs / associés PHIRST) : Depuis une dizaine d’années, la pharmacie connaît une transformation structurelle profonde. Les formats se sont considérablement agrandis, atteignant fréquemment les dimensions d’un supermarché, voire pour les superficies les plus grandes celui d’un hypermarché. Historiquement, la pharmacie était un point de retrait du médicament après une consultation médicale. Aujourd’hui, elle s’impose comme un véritable hub de santé, proposant un assortiment élargi de produits et de services.
Cette mutation s’accompagne de nouvelles missions pour les pharmaciens prévention, accompagnement, dépistage qui redéfinissent leur rôle au cœur du parcours de soins. Dans le même temps, la législation évolue, comme l’a illustré récemment le débat sur la baisse des remises sur les génériques. Nous vivons donc une transformation totale, bien au-delà d’un simple ajustement conjoncturel.
Quels sont, selon vous, les principaux freins à la transformation et à l’automatisation des pharmacies aujourd’hui ?
Margaux Delestras (Co-Fondateurs / associés PHIRST) : Les freins à la transformation des pharmacies sont multiples et dépendent avant tout du profil de chaque titulaire. L’investissement reste évidemment un point sensible : les projets d’automatisation ou de réagencement représentent des montants importants, et les pharmaciens, agissant en gestionnaires avertis, se montrent aujourd’hui très vigilants sur leurs dépenses.
À cela s’ajoute une résistance culturelle au changement, ancrée dans une vision traditionnelle du métier celle du pharmacien en blouse blanche dans une petite officine de proximité. Pourtant, face à la concurrence et à l’évolution des attentes des patients, beaucoup n’ont d’autre choix que d’avancer. La démocratisation de l’automatisation et le partage d’expériences entre confrères ont déjà levé de nombreux freins. Mais le véritable défi reste de comprendre que la transformation ne se limite plus à un robot ou un nouvel agencement : elle est désormais globale, systémique, et touche à l’ensemble du modèle officinal.
Comment est née votre vision intégrée de la pharmacie et en quoi se distingue-t-elle des approches traditionnelles d’agencement ou d’automatisation ?

R.C. : Historiquement, la pharmacie a fonctionné selon une logique figée : un agencement tous les quinze ans, un projet d’automatisation tous les douze ans. Les espaces étaient cloisonnés entre le front office et le back office, sans réelle communication entre parties-prenantes. Or, cette vision nous est apparue rapidement obsolète. Chez PHIRST, nous avons voulu casser ces silos pour penser la pharmacie dans sa globalité, à 360 degrés. Notre conviction, c’est que l’efficacité et la rentabilité passent par une approche intégrée, où chaque composante - logistique, agencement, automatisation, expérience client - interagit avec les autres. C’est ce qui nous a conduits à créer notre concept store de la santé et du bienêtre, fruit de la complémentarité de nos cinq expertises. Cette vision unifiée replace le pharmacien et ses besoins réels au centre du projet, en dépassant les anciennes logiques sectorielles pour offrir une transformation cohérente et durable.
Vos solutions comme les robots Riedl ou Farmadosis promettent de libérer du temps et d’améliorer la performance. Avez-vous des exemples concrets d’officines où ces technologies ont réellement transformé le quotidien du pharmacien ?
M.D. : Au sein de notre concept store PHIRST, nous avons souhaité réunir des solutions véritablement différenciantes pour répondre aux besoins actuels des pharmaciens. Notre approche repose sur plusieurs segments complémentaires, dont la programmation marchande® et l’automatisation. C’est dans ce cadre que nous avons choisi de représenter le robot de dispensation Riedl, une technologie allemande aujourd’hui propriété du groupe italien GPI, acteur majeur des logiciels médicaux. Présent depuis plus de trente ans dans l’industrie pharmaceutique, Riedl se distingue par sa fiabilité et ses performances, que nous avons souhaité introduire sur le marché français. L’accueil du premier robot installé a d’ailleurs été très positif. En parallèle, nous proposons Farmadosis, une solution de délivrance unitaire pour la Préparation des Doses à Administrer (PDA), spécialement conçue pour les EHPAD et le particulier. Reconnue dans plus de 35 pays pour son efficacité, sa fiabilité et sa sécurité, elle optimise la gestion médicamenteuse tout en réduisant les risques d’erreur. L’ensemble traduit notre volonté d’offrir un positionnement premium, centré sur la performance et la valeur ajoutée pour le pharmacien.
Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la “programmation marchande” et en quoi elle constitue une innovation pour le secteur pharmaceutique ?
R.C. : La programmation marchande est née d’un double parcours, à la fois théorique et pratique, alliant plus de vingt ans d’étude des disciplines et stratégies du retail et une expérience de terrain dans l’agencement des surfaces commerciales en GMS et pharmacie. J’ai voulu unifier ces connaissances pour créer une méthode spécifique au monde officinal, encore trop tenu à l’écart des expertises du retail, alors même que les pharmacies supportent désormais les investissements et l’immobilisation de stock d’un niveau équivalent aux superficies de la GMS.
La programmation marchande vise à transmettre une véritable compétence aux pharmaciens, à travers un module de formation avancée, des audits opérationnels avec plan de croissance et enfin la conceptualisation marchande de l’espace public. Il s’agit d’intégrer des disciplines comme la psychologie du consommateur, le marketing sensoriel ou encore la programmation spatiale. Une expertise que s’étend bien au-delà du merchandising opérationnel. C’est une approche globale et stratégique, encore récente, mais appelée à s’imposer comme un pilier du développement des pharmacies en tant que dispositif spatial de soins et interface avancée de distribution. Vous insistez sur la notion de “cerveau collectif” et d’agilité dans la conduite des projets.
Comment cette culture interne se traduit-elle dans votre relation avec les pharmaciens et dans votre manière d’innover ?
M.D. : Notre démarche repose sur un véritable travail d’évangélisation. Nous arrivons sur un marché qui n’avait jamais été réellement bousculé, avec une vision systémique et des concepts nouveaux comme la programmation marchande. Cela demande de la pédagogie, du temps et surtout du dialogue. Lorsqu’on prend le temps d’échanger, notamment sur les salons, les pharmaciens comprennent la portée de notre approche et l’adhésion est immédiate.
Chez PHIRST, nous travaillons en cerveau collectif, grâce à des réunions collaboratives réunissant nos cinq pôles d’expertise autour de chaque projet. Cette méthode, inédite dans le secteur, permet de coconstruire des solutions à 360°, en présence du pharmacien, sans discours commercial. L’objectif est d’apporter du sens, de la transparence et surtout de l’humain, dans un contexte où la pharmacie traverse une période anxiogène. C’est cette proximité, associée à une vision partagée, qui fait aujourd’hui la singularité de PHIRST.
PHIRST ambitionne de devenir un acteur de référence et d’accélérer sa croissance. Quelles sont vos priorités à court et moyen terme ?

R.C. : Nous abordons une phase probatoire essentielle. Les premiers projets PHIRST ont été signés et sont en cours d’installation, mais les plus ambitieux n’ont pas encore été livrés. Nous savons qu’il y aura un avant et un après une fois ces réalisations finalisées. La pharmacie est un milieu de cooptation qui répond à notre engagement centré client.
C’est pourquoi nous avons sollicité nos premiers clients pour qu’ils ouvrent leurs pharmacies à leurs confrères afin que ces derniers expérimentent concrètement notre approche systémique. En parallèle, nous avançons sur la communication et les partenariats avec certains groupements, tout en restant conscients que ce marché reste prudent face aux nouveautés. Nous devons continuer à démontrer, mais nous sommes convaincus que 2026 marquera une réelle accélération, portée par la visibilité et les résultats de nos premiers projets.



