top of page
Rechercher

La digitalisation comme clé de renouveau du service à la personne

Le crédit d’impôt menace d’être raboté, les fraudes fragilisent le secteur et les professionnels peinent encore à s’y retrouver dans un cadre administratif opaque. Le service à la personne, pourtant en pleine croissance, souffre d’un manque criant de structuration et de digitalisation. Pour y remédier, la coopérative Unipros trace une voie audacieuse : un modèle sans commission, centré sur la transparence, l’automatisation et l’accompagnement global des entrepreneurs. Rencontre avec son dirigeant, convaincu qu’un écosystème repensé peut encore sauver un secteur essentiel.


Informations Entreprise : Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les entreprises qui se lancent dans le secteur des services à la personne ?


Bastien Chauvin (Président et fondateur de la coopérative Unipros) : Depuis vingt ans, le secteur du service à la personne peine à se structurer, en grande partie à cause d’une lourdeur administrative persistante et d’un manque criant d’accompagnement. Obtenir un agrément ou une déclaration reste une démarche complexe pour les entreprises, sans réelle assistance centralisée. Trop souvent, les dirigeants se lancent sans connaître précisément le périmètre des prestations éligibles. Il manque aujourd’hui des outils fiables pour encadrer la facturation, garantir la conformité réglementaire et simplifier les démarches.


Ce déficit de digitalisation freine clairement le développement du secteur. Pire encore, il ouvre la voie à des pratiques à risque, comme la fraude, qui fragilisent l’ensemble de l’écosystème. Le caractère encore très déclaratif du crédit d’impôt entretient la confusion : certains professionnels ignorent même qu’une déclaration est obligatoire pour que leurs clients puissent bénéficier de cet avantage fiscal. Il devient urgent de repenser le cadre, avec des solutions numériques robustes et accessibles.


Quel rôle peuvent jouer les coopératives comme Unipros dans la défense et la structuration du secteur des services à la personne ?


En tant que coopérative, Unipros - tout comme d’autres acteurs du secteur - représente aujourd’hui une force économique significative. Si nous reprenons les principales coopératives en France, nous couvrons près de 5 millions de particuliers et accompagnons entre 20 000 et 30 000 professionnels. Ce poids collectif nous donne une vraie légitimité pour porter la voix du terrain. Plus nous sommes nombreux, plus notre parole a d’impact.


Néanmoins, face aux pouvoirs publics, une coopérative seule reste peu audible. C’est pourquoi nous nous appuyons sur des fédérations de services à la personne, qui nous permettent d’avoir une représentation structurée et reconnue. Cet appui est essentiel pour défendre le secteur, clarifier les enjeux, notamment suite aux inquiétudes soulevées ces derniers mois. En interne, notre rôle est aussi de rassurer nos adhérents : aujourd’hui, le crédit d’impôt est plus que jamais dans les discussions parlementaires actuelles, sur une baisse du plafond, suppression d’activité... Il est crucial de rester unis et bien représentés pour anticiper toute évolution.


Unipros a fait le choix fort de ne pas prélever de commission, contrairement à ses concurrents. Qu’est-ce que ce modèle change concrètement pour les professionnels que vous accompagnez ?


Le modèle Unipros s’inscrit en réponse directe au manque de clarté et de transparence qui persiste dans le secteur. Contrairement aux systèmes à la commission, que nous jugeons économiquement ambigus, nous défendons un modèle coopératif fondé sur l’équité, la participation et la transparence. Chaque adhérent est à la fois utilisateur et acteur : il devient associé en souscrivant une part sociale, bénéficie d’un droit de vote en assemblée générale, et peut consulter librement nos documents juridiques et financiers.


C’est un cadre vertueux, à contre-courant de pratiques plus opaques. Le modèle à la commission, hérité de la loi Borloo de 2005, a fait son temps. Vingt ans plus tard, il est temps d’innover. Notre démarche, portée par la volonté de repenser les fondations du secteur, démontre aujourd’hui qu’un autre chemin est possible, plus durable, plus responsable et surtout plus juste pour les professionnels.


Vous proposez également une suite d’outils numériques et un accompagnement juridique et administratif. À quel point cela permet-il de simplifier le quotidien des professionnels ?


Ce qui nous différencie, c’est avant tout notre capacité à innover. Unipros est l’une des rares coopératives à avoir développé son propre logiciel, un outil conçu pour automatiser les tâches chronophages et garantir une conformité rigoureuse dans le service à la personne. Grâce à cette solution, nous pouvons proposer un modèle à cotisation fixe - sans commission - tout en assurant un accompagnement complet, tant pour les professionnels que pour leurs clients. Devis, facturation, attestations, assistance à la déclaration fiscale : tout est centralisé dans une application intuitive.


Mais nous allons bien au-delà du périmètre SAP. Notre logiciel s’ouvre aujourd’hui à d’autres activités : un paysagiste peut facturer à la fois des prestations éligibles et non éligibles. Nous avons également lancé Unilife, notre cabinet de courtage en assurance, et préparons l’intégration de plateformes de génération de leads. Brique après brique, nous construisons un véritable écosystème pour sécuriser et pérenniser l’activité de nos adhérents.


Vous avez annoncé le lancement prochain de plusieurs plateformes sectorielles comme Unijardin, Unicoach, ou encore Unilife. En quoi ces projets traduisent-ils votre vision du développement de la coopérative ?


Avec Unilife, notre cabinet de courtage en assurance, nous avons négocié une RC professionnelle de groupe avec les plus grands assureurs français. Cette force de réseau nous permet d’offrir à nos adhérents des conditions avantageuses, tout en leur simplifiant l’accès à des services essentiels.


Car aujourd’hui, un entrepreneur qui se lance est souvent livré à lui-même : il ne sait pas forcément ce qu’est la TVA, ne mesure pas toujours ses obligations comptables ou juridiques, et ignore parfois même qu’une assurance ou une déclaration SAP est requis pour exercer légalement. C’est là que notre modèle prend tout son sens. Nous construisons un environnement complet, centralisé, pour accompagner l’entrepreneur de A à Z : assurance, comptabilité, logiciel métier, génération de clients, et demain, pourquoi pas, jusqu’à la création d’entreprise et l’établissement du bilan. Ce que nous visons, c’est un accompagnement global, simple et sécurisé, qui dépasse largement le cadre du service à la personne.


Selon vous, quels sont les grands défis à relever pour assurer l’avenir du secteur des services à la personne ?


Le service à la personne est un secteur d’avenir, porté par une dynamique démographique incontestable : nous vivons plus longtemps, et la demande en accompagnement, tant pour les personnes âgées que pour les familles, ne cesse de croître. D’ici 2030, ce sont plus

de 500 000 emplois qui pourraient être créés. C’est un levier économique et social majeur.


Mais pour que cette croissance soit pérenne, il faut absolument passer par la digitalisation. Aujourd’hui, tout se modernise : la facturation, les aides à l’embauche, les déclarations. Pourquoi pas notre secteur ? Digitaliser permettrait de fiabiliser le crédit d’impôt, de contrôler les prestations, de lutter contre les abus, et d’assurer la conformité fiscale et réglementaire. Sans cela, le risque est réel : un affaiblissement du modèle, voire une perte de crédibilité. Le secteur a un avenir, mais il doit s’adapter rapidement. La technologie doit devenir son meilleur allié.


 
 
bottom of page