Prévenir les crises avant qu'elles n'éclatent
- Charlotte Combet

- il y a 1 jour
- 4 min de lecture

Le malaise mental progresse dans les entreprises, où la prévention reste trop souvent éclipsée par des solutions d’urgence peu utilisées. Entre culture organisationnelle figée, obligations réglementaires et manque de visibilité sur les signaux faibles, les directions se heurtent à un mur. Kyan Health propose un modèle différent : une plateforme qui combine IA, données prédictives et accompagnement humain, pensée pour anticiper plutôt que réagir. Entretien avec l’un de ses dirigeants, engagé à faire de la santé mentale un pilier du management moderne.
Informations Entreprise : Quelles sont, selon vous, les principales barrières culturelles qui freinent les entreprises françaises dans la mise en oeuvre de solutions de prévention des risques psychosociaux ?
Ludovic Pureur (VP Sales, Kyan Health) : L’un des plus grands défis en France est le poids de la culture. Notre expérience internationale montre à quel point les habitudes historiques et les contraintes légales freinent l’agilité nécessaire pour traiter ces sujets. La culture interne et le cadre juridique créent un terrain peu favorable à l’adoption de solutions efficaces.
Pour identifier les signaux faibles, il faut recueillir des informations individuelles. Or les salariés sont très réticents à partager des données personnelles avec leur employeur. On se retrouve face à un dilemme : protéger les collaborateurs tout en respectant leur besoin de confidentialité. C’est le principal verrou à lever. Kyan intervient ici comme tiers de confiance : les employés peuvent suivre leur santé en toute confidentialité et accéder à des programmes personnalisés sans risque d’identification.
Le modèle managérial reste également marqué par des pratiques héritées : postures dépassées, communication verticale, absence d’écoute. Ces comportements doivent évoluer vers un leadership plus responsable et ouvert. Sans surprise, la formation des managers est la formation la plus demandée de notre catalogue.
Comment expliquez-vous la transition des entreprises d’un modèle réactif comme les EAP vers des solutions plus préventives et intégrées ?
La santé mentale en entreprise n’est pas nouvelle, mais la pandémie a accéléré le sujet. Les EAP répondaient à l’urgence, mais malgré des investissements importants, ils ne touchent en moyenne que 3 % des salariés. Leur approche purement réactive montre ses limites.
Depuis deux ans, les entreprises recherchent des solutions intégrées qui combinent prévention, détection précoce et intervention qualifiée. Chez Kyan Health, notre taux d’utilisation atteint 25 à 30 %, preuve qu’en intégrant la prévention au cœur du dispositif, l’impact change d’échelle.

Kyan est une plateforme proactive qui aide les collaborateurs en bonne santé à préserver leur équilibre et leur performance. Nous intervenons en amont : renforcer les ressources psychologiques, maintenir l’énergie et prévenir les difficultés avant qu’elles n’affectent le travail. Comme la maintenance prédictive utilise des capteurs, nous exploitons des données comportementales anonymes (auto-évaluations, contenus consultés, interactions avec KAI) pour repérer les signaux faibles. Le but n’est pas de surveiller, mais d’aider l’organisation à agir tôt.
Cela permet de cibler clairement les actions : formation managériale, ajustements organisationnels, renforcement de certaines équipes ou adaptation du staffing.
Comment Kyan Health utilise-t-elle l’IA pour aider les entreprises à détecter et traiter les signaux faibles ?
Identifier les signaux faibles est essentiel mais complexe, surtout dans un contexte où la frontière vie pro/ vie perso reste sensible et où la vulnérabilité est encore stigmatisée. L’IA
joue ici un rôle décisif. Nous avons développé KAI, un coach virtuel qui permet d’ouvrir un dialogue sécurisé et confidentiel. Les salariés peuvent y exprimer leurs émotions, partager leurs difficultés et être orientés vers les bonnes ressources, y compris vers un psychologue ou un coach lorsque nécessaire. Cette approche contribue à une culture de santé mentale plus mature, tout en détectant les crises avant qu’elles n’émergent.

Comment évaluer le retour sur investissement des programmes de prévention des RPS et en faire un levier de performance ?
Il faut d’abord sortir d’une logique de coût pour parler de performance. Nous encourageons nos clients à analyser ensemble performance business et santé organisationnelle. C’est essentiel pour positionner la prévention au coeur de la stratégie et convaincre les financeurs. En combinant signaux faibles (stress, comportements, motifs de consultation) et indicateurs forts (absentéisme, turnover), nous créons des analyses prédictives permettant d’agir avant la crise. Par exemple : former les managers dans une zone à risque avant que la situation ne se dégrade.

Comment simplifier la mise en conformité avec les obligations liées aux RPS tout en alignant les acteurs internes ?
La conformité RPS est complexe car elle implique le DUERP, la QVCT, le CSE, la médecine du travail et plusieurs normes. Chaque entité ayant ses budgets et responsabilités, la mise en œuvre est souvent fragmentée. Kyan Health centralise et analyse des données anonymisées pour détecter des risques sectoriels ou organisationnels et faciliter la construction de plans d’action conformes et adaptés au terrain. Nous proposons aussi un outil qui permet de créer et diffuser facilement des campagnes de communication multilingues, fluidifiant la collaboration interne.
Qu’est-ce qui vous a convaincu de rejoindre Kyan Health et en quoi son modèle est-il différent ?
Après plusieurs années dans un grand acteur américain de la santé numérique, j’ai voulu rejoindre une entreprise focalisée exclusivement sur la santé mentale, qui est selon moi le grand défi des 10 à 15 prochaines années. Kyan dispose d’une vision claire, d’une base financière solide et d’une approche unique structurée autour de trois piliers : Kyan Care (IA + coaching humain), Kyan Enterprise (analytique prédictive et engagement) et Kyan Academy (formation des managers). Avec plus de 3,3 millions de personnes éligibles et 25-30 % d’engagement, nous sommes en train de redéfinir ce qu’un programme de santé mentale en entreprise doit être.



