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Santé mentale, un continuum qui change tout

La santé mentale est devenue l’un des enjeux les plus décisifs pour les entreprises, à mesure que l’absentéisme de longue durée progresse et que les collaborateurs attendent des politiques plus lisibles et efficaces. Une interrogation s’impose désormais : comment structurer un modèle durable capable de préserver l’équilibre des individus tout en assurant la performance collective ? Qualisocial apporte des éléments de réponse en proposant un pilotage fondé sur la donnée, un dispositif de prévention cohérent et une vision renouvelée du rôle du facteur humain dans l’économie. Une approche qui invite à repenser en profondeur la manière dont les organisations se saisissent de la santé mentale au travail.


Informations Entreprise : Comment expliquez-vous que la santé mentale soit devenue un enjeu stratégique central pour les entreprises ces dernières années ?


Camy Puech (Fondateur et président de Qualisocial et coprésident du groupe de travail qui a élaboré la Charte de la Santé Mentale au travail) : Nous observons, depuis dix-sept ans, un basculement profond : ce qui relevait autrefois du bien-être individuel ou d’un sujet strictement médical est devenu un enjeu majeur de performance durable et d’attractivité pour les organisations. Plusieurs dynamiques convergent.


La prise de conscience culturelle s’est accélérée avec la Grande Cause nationale, mais elle a véritablement été déclenchée par la crise sanitaire. La Covid a fait doubler les états dépressifs dans la population - de 12 % à 25 % - et les niveaux d’anxiété comme les idées suicidaires ont suivi la même trajectoire. Cette réalité s’est ensuite imposée aux entreprises par la pression interne : les salariés expriment davantage leur souffrance et leur désengagement. Aujourd’hui, 91 % d’entre eux considèrent la santé mentale comme un enjeu prioritaire, au même niveau que le salaire. L’absentéisme de longue durée, dont 50 % est lié à la santé mentale, a explosé. Enfin, les jeunes générations en font un critère déterminant d’engagement. Nous sommes convaincus que la santé mentale doit désormais être pilotée avec la même exigence que la cybersécurité ou l’environnement.


Qu’est-ce qui manque aujourd’hui aux entreprises pour piloter efficacement la santé mentale ?


Aujourd’hui, le véritable problème, c’est l’absence d’un cadre clair de pilotage de la santé mentale. Nous le constatons grâce à notre vision d’ensemble du terrain : dans la plupart des organisations, les dispositifs s’empilent, se complètent parfois, mais laissentaussi des angles morts. Le pilotage devient alors extrêmement complexe. Les entreprises engagent des actions sans diagnostic solide, sans priorisation et sans mesure d’impact.


Résultat : elles traitent surtout les symptômes, sans agir sur les causes profondes, ni garantir un parcours d’accompagnement cohérent et réellement efficace. Pour changer d’échelle, il faut instaurer une gouvernance structurée, des indicateurs lisibles et un management engagé au quotidien. Certaines organisations y parviennent déjà - je pense notamment à Pierre Fabre ou Perrier - et démontrent qu’une politique bien pilotée peut produire des résultats tangibles. Mais ces démarches restent encore balbutiantes et reposent souvent sur la volonté de quelques acteurs très engagés.


Qualisocial propose une approche intégrée, allant du baromètre QVCT à la gestion de crise. Comment cette intégration répond-elle précisément aux nouveaux besoins des directions et DRH en matière de pilotage ?


Nous évoquions tout à l’heure l’empilement d’actions : c’est précisément l’inverse qu’il faut construire. La prévention efficace repose sur un continuum cohérent entre les niveaux primaire, secondaire et tertiaire. Chez Qualisocial, notre singularité est d’avoir intégré l’ensemble de ces actions dans une même logique, au sein d’un outil adaptable à chaque organisation.


Cela permet de relier clairement les actions engagées à leurs effets sur la santé mentale des salariés, et d’inscrire diagnostic, plan d’action, accompagnement individuel ou collectif et mesure d’impact dans un seul cadre. Là où des interventions isolées laissent les collaborateurs dubitatifs - seulement 40 % les jugent utiles - un dispositif complet porte ce taux à 84%. De même, dans les entreprises dépourvues de prévention structurée, seuls 66% des salariés sont en bonne santé mentale, contre 83% lorsque ce continuum est pleinement en place. Cette cohérence fait toute la différence.



Comment la donnée transforme-t-elle concrètement la manière de piloter la santé mentale en entreprise ?


L’enjeu, aujourd’hui, est de sortir d’une logique d’intuition pour entrer dans un véritable pilotage fondé sur la donnée. L’intuition suggère ce qu’il serait utile de faire ; la data démontre ce qu’il faut réellement engager. Grâce à un ensemble d’indicateurs anonymisés - tendances d’équipe, sollicitations du soutien psychologique, thématiques récurrentes comme la charge de travail, les conflits ou l’insécurité psychologique - nous identifions très tôt les facteurs de risque qui pèsent sur la santé mentale.


Nous avons également développé le Qualiscore, un indicateur global qui mesure la qualité de vie et les conditions de travail, la santé mentale et l’engagement. Il permet d’objectiver les risques, de cibler les actions pertinentes et d’évaluer leur impact dans la durée. Cette approche garantit un pilotage maîtrisé, des budgets optimisés et des réponses réellement adaptées à ce que vivent les salariés. La santé mentale n’est efficace que lorsqu’elle se pilote à l’échelle de l’organisation.


Comment voyez-vous évoluer la place du facteur humain dans le modèle économique des organisations ?


Le travail demeure, par nature, exigeant et parfois injuste. Cela ne se résout pas par des artifices, mais en repensant profondément la relation entre l’individu et son activité professionnelle. Ce changement passe par un pilotage structuré et transparent, même en l’absence de contrainte réglementaire. Ma conviction, c’est que nous allons assister à une évolution majeure : l’intégration du facteur humain dans la création de valeur.


L’humain n’est plus un poste de coût dont il faudrait maîtriser la dérive, mais un levier déterminant de réussite économique. Ce qui pose problème aujourd’hui, ce n’est pas le coût en soi, mais l’incapacité à en comprendre l’origine et à anticiper son évolution. En reconnaissant l’impact du travail sur l’individu et en agissant en amont, nous créons les conditions d’un modèle économique plus sain, durable et équilibré pour l’ensemble des parties prenantes, et en premier lieu pour les salariés.


Quels sont, pour Qualisocial, les chantiers prioritaires pour accélérer durablement l’amélioration de la santé mentale au travail ?


Notre premier enjeu consiste à maintenir une prise de hauteur : rappeler pourquoi nous agissons, quelle vision nous portons et comment construire un modèle réellement équilibré entre performance économique, respect des individus et qualité du dialogue social.


Cette clarté stratégique est indispensable pour orienter les décisions. Le second chantier est majeur : structurer la prévention, mesurer les impacts et piloter les politiques de santé mentale comme de véritables investissements. Il ne doit plus y avoir de débat sur l’opportunité d’agir ou sur les budgets à allouer. S’occuper de la santé mentale, c’est créer de la valeur, réduire les coûts et assurer la croissance durable de l’organisation. Enfin, nous poursuivons l’intégration de l’IA. Notre métier reste profondément humain, mais l’IA nous aide à éliminer les irritants opérationnels, à fluidifier notre travail et à permettre à nos équipes de se consacrer pleinement à leur cœur de mission : accompagner les individus, les collectifs et les organisations.


 
 
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