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Architectes des infrastructures numériques stratégiques

  • il y a 19 heures
  • 5 min de lecture

La guerre des datacenters est lancée. Entre souveraineté numérique, pression énergétique et tensions foncières, l’Europe doit bâtir vite… sans déraper. Comment concilier puissance de calcul, exigences environnementales et acceptabilité locale ? Avec sa spécialisation historique et son organisation pluridisciplinaire intégrée, 2AMH entend apporter une réponse robuste, du concept à l’insertion territoriale.


Informations Entreprise : Le développement des datacenters est aujourd’hui présenté comme un enjeu de souveraineté nationale. En quoi ces infrastructures sont-elles devenues stratégiques pour l’économie française et européenne ?


Nassim Bendjoudi (Directeur de 2AMH architectes) : À chaque grande révolution technologique, les infrastructures ont structuré la puissance des nations. La révolution agricole a permis la maîtrise des ressources vitales et l’organisation des territoires. La révolution industrielle s’est appuyée sur l’énergie, les réseaux ferrés et les grandes infrastructures productives. Avec l’essor d’internet, la donnée est devenue la matière première centrale de l’économie, transformant profondément nos modes de production et d’organisation.


Aujourd’hui, à l’ère de l’intelligence artificielle, des objets connectés et des services publics numérisés, les datacenters constituent les infrastructures critiques de cette nouvelle économie. Ils hébergent les données des entreprises, des citoyens et des États, tout en soutenant les technologies qui structurent désormais la compétitivité économique : cloud, IA, cybersécurité.


Pour la France et l’Europe, l’enjeu est clairement stratégique et sécuritaire. Ces infrastructures conditionnent la maîtrise des données sensibles, l’indépendance technologique face aux grands acteurs extra-européens et la résilience numérique des États. Le débat autour du « cloud de confiance » illustre précisément cette volonté de reprendre la main sur l’hébergement et la gouvernance des données stratégiques.


Et dans un contexte géopolitique redevenu instable, ces infrastructures numériques critiques s’inscrivent également dans une logique plus large de sécurité nationale. Les États disposant d’une capacité de dissuasion stratégique forte, notamment nucléaire, offrent un cadre de protection et de stabilité renforcé pour l’implantation et la pérennité d’infrastructures numériques sensibles, contribuant à réduire le risque d’atteinte majeure à ces installations devenues essentielles au fonctionnement de l’économie et des institutions.


Nous assistons à une accélération des projets portée par le cloud et l’intelligence artificielle. Cette croissance exponentielle est-elle soutenable à moyen terme, notamment sur les plans énergétique et territorial ?


L’accélération actuelle du développement des datacenters, portée par l’explosion du cloud et par les besoins considérables de calcul liés à l’intelligence artificielle, pose inévitablement la question de sa soutenabilité à moyen terme.


Sur le plan énergétique, ces infrastructures sont particulièrement intensives en électricité. L’entraînement des modèles d’IA, le stockage massif de données et la disponibilité permanente des services numériques entraînent une augmentation significative de la demande. La soutenabilité reposera donc sur plusieurs leviers : amélioration de l’efficacité énergétique, optimisation du refroidissement, récupération de chaleur fatale ou encore évolution des architectures matérielles. Dans ce contexte, la France dispose d’un avantage avec un mix électrique largement décarboné et pilotable.


Mais la question est aussi territoriale. Les projets de datacenters mobilisent du foncier, de l’eau et des infrastructures locales, ce qui nécessite une planification rigoureuse. Les règles d’urbanisme, les études d’impact environnemental et les documents d’aménagement jouent ici un rôle déterminant pour concilier développement numérique, transition écologique et équilibre territorial.


Face à ces contraintes - énergie, réglementation, acceptabilité locale - comment évolue la conception même des datacenters aujourd’hui ?


Longtemps considérés comme des infrastructures techniques isolées, souvent implantées en périphérie et peu visibles, la conception des datacenters s’inscrit désormais davantage dans une réflexion territoriale et urbaine plus large.


Cette transformation s’explique par plusieurs facteurs : les contraintes énergétiques, les exigences réglementaires croissantes et, surtout, la question de l’acceptabilité locale. Les projets nécessitent désormais un dialogue étroit avec l’ensemble des parties prenantes : services de l’État, collectivités territoriales, gestionnaires de réseaux, services de sécurité ou encore associations locales. Ces échanges influencent directement l’implantation des infrastructures, leur intégration paysagère, la gestion des risques ou encore leur impact environnemental.


Dans ce contexte, le rôle de l’architecte devient central. Nous ne nous limitons plus à concevoir un bâtiment technique : concevoir un datacenter aujourd’hui revient à intégrer une infrastructure critique dans son environnement urbain et écologique, en contribuant à la résilience et à la souveraineté numériques.


2AMH a fait le choix en 2017 de se spécialiser exclusivement sur le datacenter. En quoi cette spécialisation vous permet-elle aujourd’hui d’apporter une réponse plus adaptée aux enjeux actuels du marché ?


2AMH intervient dans le secteur du datacenter depuis près de quinze ans. En 2017, les trois associés fondateurs ont fait un choix structurant : se spécialiser exclusivement dans ce domaine. Nous étions convaincus que l’infrastructure numérique deviendrait un pilier stratégique de l’économie et de la souveraineté.


Cette spécialisation nous permet aujourd’hui de répondre avec précision aux enjeux du marché. Nous maîtrisons l’ensemble de la chaîne de conception, depuis les études de faisabilité et les échanges avec les acteurs institutionnels jusqu’au suivi opérationnel des projets. Nous intégrons également des contraintes complexes, qu’elles soient réglementaires, énergétiques ou urbaines.


Surtout, nous parlons le langage technique du secteur : redondance, densité de puissance, phasage des installations, évolutivité des infrastructures ou gestion des flux. Cette expertise facilite le dialogue avec les bureaux d’études spécialisés, les opérateurs et les investisseurs. Au-delà de la technique, cette spécialisation nous permet aussi d’adopter une vision prospective : concevoir des bâtiments évolutifs, sobres énergétiquement et pleinement intégrés dans leur territoire.


Le marché attire de plus en plus d’acteurs internationaux. Comment un acteur français comme 2AMH peut-il se différencier et participer à la structuration d’une filière industrielle nationale forte ?


Le marché du datacenter attire aujourd’hui des acteurs internationaux puissants, disposant de moyens financiers et techniques considérables. Dans ce contexte, un acteur français comme 2AMH se distingue par sa spécialisation et par son ancrage territorial.


L’évolution vers 2AMH Groupe illustre cette stratégie. Nous avons structuré une organisation pluridisciplinaire intégrée réunissant architecture, ingénierie structure, environnement, acoustique et paysage. Plus de cinquante collaborateurs travaillent désormais de manière coordonnée afin d’aborder les projets dans toute leur complexité.


Cette approche transversale permet d’anticiper les contraintes réglementaires, d’intégrer les enjeux énergétiques et environnementaux dès l’amont et d’améliorer l’acceptabilité locale des projets. Au-delà de la réalisation des projets, cette organisation contribue également à structurer une filière française de compétences autour des infrastructures numériques critiques. Dans un marché mondialisé, notre différenciation repose moins sur la taille financière que sur la maîtrise technique, la cohérence des projets et une vision territoriale de long terme.


À quoi ressemblera selon vous l’infrastructure numérique critique de 2030, et quelle place ambitionne d’y occuper 2AMH ?


À l’horizon 2030, l’infrastructure numérique critique sera plus distribuée et davantage intégrée aux territoires. Elle reposera sur un équilibre entre grands pôles de calcul, implantations régionales et infrastructures de proximité destinées à accompagner l’essor de l’intelligence artificielle, des services publics numériques et de l’industrie connectée. Les datacenters devront dialoguer avec des réseaux électriques intelligents, optimiser leurs consommations et valoriser leur chaleur fatale au service des territoires. La résilience et l’autonomie technologique constitueront des priorités majeures.


Sur le plan architectural, ces équipements évolueront vers des formes plus intégrées et plus visibles dans la ville. Certains pourront accueillir des programmes hybrides : serres urbaines, équipements publics ou réseaux de chaleur destinés à des installations sportives ou résidentielles.


Dans cette perspective, notre ambition est claire : faire de 2AMH un acteur de référence dans la conception d’infrastructures numériques responsables, capables de concilier performance technologique, intégration territoriale et souveraineté numérique.


 
 
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