La coopérative qui réinvente la mutualisation au service des entrepreneurs
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Incertitudes fiscales, lourdeurs administratives, entrepreneurs sous pression : les services à la personne jouent leur équilibre. Comment gagner en visibilité économique et en pérennité dans un secteur encore trop dépendant d’un modèle de commission hérité d’hier ? Avec un modèle coopératif à coûts fixes, des outils numériques certifiés et la mutualisation de services clés comme l’assurance, Unipros veut redonner du souffle à ses adhérents. Focus.
Informations Entreprise : Quelles incertitudes font aujourd’hui peser les discussions autour du budget 2026 sur le secteur des services à la personne ?
Bastien Chauvin (Président et fondateur de la coopérative Unipros) : Depuis plusieurs mois, nous évoluons dans une vraie incertitude, et c’est probablement la crainte la plus partagée dans le secteur des services à la personne. Nous avons tous été suspendus aux réformes liées au budget 2026, avec une question centrale : qu’est-ce qui va réellement impacter nos activités ?
Nous avons entendu beaucoup d’hypothèses, mais sans éléments concrets, alors que le moindre ajustement – par exemple une remise en cause d’un avantage fiscal ou de son périmètre – pourrait avoir un impact majeur sur la demande et sur l’emploi. Une première annonce a d’ailleurs fait l’effet d’un raz-de-marée : il était question de supprimer la quasi-totalité des activités, en ne conservant que l’aide à domicile aux personnes âgées et la garde d’enfants de moins de trois ans, avec, à la clé, un risque massif de chômage. Depuis, deux pistes ont été évoquées puis rejetées : abaisser le crédit d’impôt de 50% à 45% et réduire le plafond de 12 000 à 10 000 euros. À ce stade, rien n’est arrêté.
Quelles sont, selon vous, les principales barrières à l’entrée et les freins structurels qui empêchent le secteur des services à la personne de se pérenniser ?
Pour se lancer dans les services à la personne, nous faisons face à un parcours administratif particulièrement lourd. Dès l’origine, nous devons constituer des dossiers complexes pour obtenir l’agrément ou effectuer la déclaration SAP, puis solliciter une habilitation auprès de l’URSSAF. Dans les faits, il devient difficile d’exercer sans cette habilitation, qui conditionne notamment l’accès aux dispositifs facilitant la gestion et la relation avec les clients.
À cela s’ajoutent des exigences opérationnelles : nous devons disposer d’un logiciel conforme, être en mesure de produire des documents de communication adaptés, et répondre à de nombreuses contraintes liées à l’agrément comme à l’habilitation. Mais franchir ces étapes ne garantit pas la pérennité. Le secteur reste fragile car, depuis près de vingt ans, le dispositif repose essentiellement sur un système déclaratif, sans digitalisation ni centralisation. Nous pensons qu’une évolution passe par des investissements dans des outils numériques capables de structurer et centraliser l’ensemble du crédit d’impôt.
En quoi votre modèle coopératif et forfaitaire répond-il, selon vous, aux tensions économiques que subissent aujourd’hui les entrepreneurs du secteur ?
Nous ne sommes pas les seuls à subir la pression économique : aujourd’hui, en France, l’ensemble des entrepreneurs évoluent dans un contexte où les difficultés financières deviennent presque la norme. Nous avons souvent le sentiment que les chefs d’entreprise sont les premiers exposés, avec une forme de « corde au cou » qui pèse sur la gestion quotidienne et sur la capacité à investir.
Dans ce cadre, nous voulons apporter un second souffle à nos adhérents via la coopérative Unipros, en remettant le travail et la valeur créée au centre du modèle. Concrètement, nous privilégions une logique de visibilité et de stabilité : nos adhérents savent précisément ce que leur coûte l’activité, avec une cotisation mensuelle de 39,99€ HT, quel que soit leur chiffre d’affaires. Ce choix peut être une contrainte pour certains, mais il permet surtout de développer l’activité avec plus de sérénité, contrairement à un système de commission proportionnelle qui ponctionne directement le fruit du travail. Quand un adhérent réalise 30 000 € de chiffre d’affaires, une commission de 10% représente 3 000 € : l’impact sur son résultat et sa trajectoire est immédiat.
Quels leviers concrets mettez-vous à disposition des adhérents pour les aider à structurer et développer leur activité ?
Notre force, c’est l’apport logiciel que nous mettons à disposition des adhérents. Au travers leur adhésion, nous leur fournissons un outil complet qui permet de piloter 100% de leur activité services à la personne. Ce logiciel est bien sur inclus dans la cotisation, sans frais supplémentaires. Cette année, nous avons ouvert le logiciel à la facturation hors cadre du SAP. En pratique, avec un seul et même outil – certifié par un organisme de l’État – ils peuvent structurer l’ensemble de leurs activités de manière simple, fiable et conforme. Mais nous ne nous arrêtons pas à la brique logicielle.
Nous partons d’un constat : lorsqu’un entrepreneur se lance, il a besoin de tout à la fois – un logiciel, un comptable, une assurance, une organisation solide, et surtout des clients. C’est précisément ce que nous cherchons à apporter au sein d’Unipros : un accompagnement global, qui dépasse le cadre strict du SAP et vise à sécuriser, développer et faire grandir l’activité de l’entrepreneur dans sa totalité, avec des outils et des solutions concrètes.

Pourquoi, selon vous, les coopératives du secteur peinent-elles à faire évoluer leur modèle économique au-delà de la commission ?
Nous constatons que, pour beaucoup d’acteurs, tout repose encore sur un modèle économique historique : la commission. Retenir 10% sur des volumes de chiffre d’affaires importants représente une source de revenus considérable, ce qui n’incite pas les structures en place à faire évoluer leur approche. Or ce modèle existe depuis vingt ans. Entre-temps, le marché a changé, et surtout l’ère du numérique et de la digitalisation a profondément transformé les attentes et les usages. Pourtant, l’organisation et la proposition de valeur n’ont pas toujours suivi.
Certaines coopératives tentent de se différencier en s’adossant à des sociétés externes pour apporter des services, mais nous y voyons une limite : on s’éloigne d’un accompagnement coopératif « de bout en bout ». Dans l’esprit, une coopérative doit développer un savoir et des outils qui appartiennent aux adhérents, pas à des sociétés privées extérieures. C’est précisément là que nous revendiquons la force d’Unipros : nous centralisons et développons ces solutions au sein de la coopérative, pour le compte de nos adhérents. Aujourd’hui, nous ne voyons pas, dans la majorité des cas, une vraie remise en cause de ce modèle.
Avec le lancement de nouvelles plateformes métiers et le développement d’Unilife, quelle est votre vision d’Unipros à horizon 3 à 5 ans ?
Ces plateformes sont nées directement des besoins exprimés par nos adhérents. Elles répondent à un enjeu essentiel : offrir une visibilité accrue et générer des demandes de prestations régulières, afin de leur permettre d’élargir leur clientèle et de pérenniser leur activité.
Aujourd’hui, notre réseau rassemble près de 6 000 professionnels et poursuit une croissance très soutenue, avec déjà près de 500 nouveaux adhérents enregistrés en seulement quelques jours au mois de janvier. Cette dynamique nous permet de mutualiser des services à forte valeur ajoutée.
Un exemple très concret est celui d’UniLife, qui illustre parfaitement la force d’un réseau structuré. L’objectif est de proposer à nos adhérents une assurance groupe, incluant notamment la responsabilité civile d’exploitation et la responsabilité civile professionnelle. Concrètement, la coopérative contractualise directement avec les adhérents, sans passer par une multitude de courtiers ou de fournisseurs externes. Nous simplifions les démarches, nous sécurisons les conditions et nous renforçons le pouvoir de négociation collectif. C’est exactement la vocation d’une coopérative : mutualiser les besoins, structurer des solutions durables et créer de la valeur pour l’ensemble de la communauté.




