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La réactivité comme arme industrielle

  • il y a 2 heures
  • 5 min de lecture

Câbler l’avenir en temps record : tel est le défi des industriels face à l’urgence des projets et à la montée des exigences technologiques. AWG Tech s’y distingue par une réactivité exceptionnelle, une expertise pointue et un modèle résolument humain. Entretien avec son dirigeant, acteur engagé d’un secteur sous tension.


Informations Entreprise : Quels sont, selon vous, les principaux défis opérationnels auxquels votre secteur doit faire face aujourd’hui ?


Frédéric Geoffroy (Gérant chez AWG Tech) : Dans notre secteur, les défis les plus importants sont avant tout pratiques. Le premier, c’est clairement le savoir-faire. Il n’existe pas de cursus spécifique ou de diplôme qui forme à nos métiers. Nous nous appuyons donc sur une transmission d’expérience, un apprentissage au long cours, directement sur le terrain. C’est un obstacle majeur, car cette absence de formation dédiée rend le recrutement et la montée en compétences plus complexes.


Le second défi, tout aussi essentiel, est la réactivité. Dans des projets liés à la défense, à l’aéronautique et à bien d’autres domaines, l’élément le plus difficile à approvisionner reste le faisceau électrique. Pourquoi ? Parce que sa fabrication est quasi exclusivement manuelle. Nous sommes proches de l’artisanat : même si une partie est industrialisée, l’essentiel repose sur l’intervention humaine. C’est le seul élément du projet intégralement fabriqué à la main, ce qui le rend à la fois précieux et exigeant.


Quelles sont les innovations ou évolutions technologiques qui impactent aujourd’hui le secteur du câblage électrique dans l’industrie ?


Aujourd’hui, la contrainte la plus déterminante dans notre industrie, c’est la réduction du poids. Cela vaut même pour les véhicules blindés, ce qui était impensable il y a encore quelques années. La course à la légèreté est devenue centrale, car elle impacte aussi bien les performances que les coûts et les volumes. Pour répondre à ces enjeux, nous voyons de nouvelles technologies issues du secteur tertiaire faire leur entrée progressive dans nos environnements industriels.


La fibre optique en est un bon exemple : elle permet une transmission de données plus rapide tout en réduisant l’encombrement. De même, les solutions de propulsion alternatives comme l’hydrogène ou l’hybridation sont en plein essor. L’hydrogène, notamment, permet d’embarquer davantage d’énergie avec une masse bien plus faible que les batteries traditionnelles. Si les faisceaux électriques en eux-mêmes n’ont pas connu d’évolution majeure depuis des décennies, c’est tout ce qui les entoure qui est en pleine mutation technologique.


Votre promesse de réduire drastiquement les délais quelques semaines contre plusieurs mois chez vos concurrents est impressionnante. Comment réussissez-vous à tenir cette promesse sur des projets aussi complexes ?


Pour faire face aux enjeux de réactivité exigeants dans notre secteur, nous nous appuyons sur trois leviers essentiels. Le premier, c’est la polyvalence de notre personnel de production. Nous avons construit une équipe capable de traiter aussi bien des tâches simples que complexes, et nous avons su instaurer une véritable flexibilité. Cela nous permet d’absorber des pics de charge grâce à l’engagement de nos équipes, qui n’hésitent pas à ajuster leur rythme de travail, y compris en heures supplémentaires ou le week-end si nécessaire.


Le deuxième levier, c’est notre agilité en matière d’approvisionnement. En tant que petite structure, nous ne sommes pas limités par un panel restreint de fournisseurs. Nous pouvons sourcer des composants partout dans le monde, contrairement à de grands groupes soumis à des contraintes de standardisation.


Enfin, notre bureau d’études spécialisé bien que plus petit que ceux des grands acteurs du conseil nous permet de combiner expertise technique et réactivité. Là où certains vont mettre une semaine pour chiffrer un projet, nous sommes capables, comme hier encore, de lancer une production en moins de 48 heures. Depuis la création de l’entreprise en 2017, nous avons fait de cette réactivité notre marque de fabrique. Nous ne prétendons pas offrir les prix les plus bas, mais nous garantissons les délais les plus courts. C’est la condition pour rester compétitifs dans des secteurs où les plannings se resserrent de partout.


Où en êtes-vous dans votre démarche de certification ISO 9001, et quels impacts cette norme aura-t-elle sur votre activité ?


Nous sommes actuellement en pleine démarche d’obtention de la certification ISO 9001, un processus que nous avons entamé il y a un an. Il est clair que si nous avions intégré cette exigence dès la création de l’entreprise en 2017, les choses seraient plus simples aujourd’hui. Mais nous avons décidé de lancer ce chantier assez récemment, conscients qu’il s’agit désormais d’une étape incontournable pour notre développement. Nous travaillons donc à déployer les processus nécessaires semaine après semaine, et même si le chemin reste long, nous avançons résolument.


Cette certification représente un enjeu majeur vis-à-vis de nos clients. Aujourd’hui, nous travaillons déjà avec des grands noms comme Thales, KDS ou MBDA, mais uniquement sous dérogation. Cette tolérance est possible tant que nous intervenons sur des prototypes ou des très petites séries, mais elle devient impossible dès que l’on parle de production en série. Certains clients refusent même d’envisager une collaboration sans certification, même pour des prototypes. L’absence d’ISO 9001 constitue aujourd’hui un frein à notre croissance et à l’élargissement de notre portefeuille clients. L’obtenir ne modifiera pas fondamentalement notre façon de travailler, mais cela nous ouvrira enfin les portes de nouveaux marchés.


Comment parvenez-vous à attirer, former et fidéliser des talents dans un secteur aussi spécifique que le câblage électrique ?


L’humain est véritablement notre moteur. Sans l’engagement de notre équipe, notre activité ne fonctionnerait tout simplement pas. Mais attirer et fidéliser des profils qualifiés, notamment en région parisienne où les acteurs sont nombreux et les spécialistes rares, représente un vrai défi. C’est pourquoi nous mettons un point d’honneur à créer un environnement attractif, avec des événements fédérateurs et une valorisation du travail de chacun.


En matière de formation, nous avons fait le choix de l’autonomie. Il existe très peu de cursus adaptés à notre métier, et ce qui est souvent présenté comme une norme, comme l’IPC-610 ou l’IPC-620, n’en est pas réellement une. Nous cherchons à aller au-delà de ces référentiels, car nous estimons que ces documents, bien qu’utiles, peuvent aussi freiner l’innovation et l’adaptation.


Chez nous, l’apprentissage se fait principalement en interne et sur le terrain. Nos équipes interviennent directement chez nos clients, notamment lors des phases prototypes. Cela permet une montée en compétence plus rapide, mais surtout, cela donne du sens au travail des techniciens : ils voient le produit final, concrétisent leurs efforts, et participent pleinement au développement.


C’est par cette implication de terrain que nous créons une véritable fidélité, bien plus qu’avec des formations théoriques standardisées.


Quels sont vos objectifs de développement pour les prochaines années, et comment envisagez-vous la croissance de votre entreprise ?


Nous allons franchir le cap des deux millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici la fin de l’année, ce qui représente une étape importante pour nous. Pour autant, notre objectif n’est pas de croître à tout prix, notamment pas en termes d’effectifs. Ce que nous visons avant tout, c’est une croissance qualitative. Nous souhaitons rester une structure à taille humaine, presque familiale, car c’est cette proximité et cette réactivité qui font notre force.


Concrètement, notre ambition est d’améliorer en continu notre niveau de qualité, grâce notamment à l’obtention de certifications comme l’ISO 9001, mais aussi en accompagnant la montée en compétence de tous nos collaborateurs : que ce soit en production, au bureau d’études ou dans les fonctions support. Nous voulons préserver notre agilité et éviter les écueils d’une croissance trop rapide, qui nous contraindrait à nous positionner sur des marchés très compétitifs, face à des entreprises délocalisées à faible coût de main-d’oeuvre. Notre valeur ajoutée réside dans l’expertise et l’efficacité, pas dans le volume.


Notre stratégie est donc claire : une croissance mesurée, centrée sur l’efficacité et la qualité, plutôt que sur la taille.


 
 
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