Dominique Arribas directrice de développement financ'ile
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Depuis 2009, Financ’ile s’est imposée comme l’un des acteurs majeurs du Girardin industriel intégré. Avec plus de 18 000 investisseurs et un milliard d’euros engagés, la société accompagne les projets économiques ultramarins en conjuguant performance fiscale, rigueur opérationnelle et impact concret sur le terrain. Rencontre avec Dominique Arribas, pour un éclairage sans détour.
Dossier réalisé par Olivier Casado

Informations Entreprise : Financ’ile existe depuis 2009. Pour ouvrir cet entretien, pouvez-vous nous retracer en quelques grandes étapes l’histoire de l’entreprise ?
Dominique Arribas : Financ’ile a été créée en 2009 et a véritablement pris son tournant en 2011, lorsque son dirigeant actuel, Éric Draether, en a pris le contrôle et la gérance. Sa connaissance fine des circuits d’épargne et la confiance des Conseillers en Gestion de Patrimoine (CGP) ont permis de professionnaliser une activité alors jeune. Aujourd’hui, ce sont plus de 18 000 investisseurs, 1 milliard d’euros d’investissements, 5 500 SNC sous gestion et plus de 800 CGP partenaires. Des chiffres qui résument une stratégie fondée sur la maîtrise opérationnelle et la rigueur.
Le Girardin industriel peut parfois sembler technique ou risqué. Avant même de parler rendement ou optimisation fiscale, quelle intuition a motivé Financ’ile à structurer son activité autour de ce dispositif ?
Qu’est-ce qui vous a fait croire que ce modèle pouvait devenir un levier durable et non une simple niche fiscale ? Dès le départ, nous avons eu l’intuition que derrière un mécanisme fiscal complexe se cachait un véritable levier économique pour les territoires ultramarins. L’objectif n’était pas seulement d’optimiser fiscalement, mais de créer du concret : du matériel, des emplois, de l’activité locale. Nous voulions professionnaliser un secteur encore jeune, en y apportant rigueur, transparence et éthique. Cette vision nous a guidés dans la mise en place de procédures strictes, de contrôles sur site, d’un accompagnement pédagogique. Avec des process solides, le dispositif devient une solution gagnant-gagnant
pour les exploitants comme pour les investisseurs, et surtout pérenne.
Comment Financ’ile s’assure-t-elle que les exploitants locaux respectent les engagements post-investissement (emploi, usage du matériel, durée d’exploitation) ?
Nous avons deux volets de contrôle : d’une part, l’audit initial - avant toute mise en oeuvre, nous vérifions la solvabilité de l’exploitant, la pertinence du matériel, le montage juridique de la SNC. D’autre part, le suivi post-mise en exploitation - nos équipes ultramarines effectuent des contrôles sur site, suivent la situation administrative de l’entreprise (facturation, usage réel du bien), et rendent compte via un reporting à nos investisseurs. Cette double démarche garantit que l’investissement n’est pas « virtuel » mais bien opérationnel.
Vous avez été récompensés quatre années consécutives par les CGP. Ce type de reconnaissance est rare dans votre métier. Au-delà de la satisfaction interne, qu’est-ce que cela dit concrètement de votre façon de travailler ?
C’est d’abord une reconnaissance de notre fiabilité et de notre constance dans l’exécution. Les CGP savent qu’ils peuvent s’appuyer sur nous. Nous avons appris à rendre simple un dispositif qui ne l’est pas, grâce à des outils pédagogiques, des circuits fluides de validation et un suivi constant. Tenir nos engagements - audits précis, rigueur juridique, délais respectés - est une discipline quotidienne. Cela prouve aussi que nous ne cherchons pas à « sur-promettre », mais à sécuriser chaque opération, à accompagner sans jamais laisser nos partenaires seuls face à la complexité technique ou réglementaire.
Vous insistez sur la digitalisation et transparence. Concrètement, quels outils mettez-vous à disposition de vos investisseurs et CGP ?
Nous avons développé un espace client en ligne, qui permet aux investisseurs et aux CGP de suivre en temps réel l’état de leurs dossiers, leurs souscriptions, accéder aux documents fiscaux ou à des tableaux de bord. Pour les CGP partenaires, un intranet dédié leur offre un suivi détaillé des opérations de leurs clients. Cette digitalisation ne remplace pas le terrain, mais elle le complète en apportant une visibilité complète, à tout moment.
Un exemple de projet ultramarin qui illustre concrètement l’impact du Girardin industriel ? Quand vous repensez à vos dossiers, lequel symbolise le mieux la vocation du dispositif et votre engagement terrain ?
La construction de la Nouvelle Route du Littoral à La Réunion, initiée en 2013 et livrée en 2022, est emblématique. Financ’ile a participé au financement des entreprises impliquées - transporteurs, sociétés du BTP - qui avaient un engagement contractuel de cinq ans avec la région. Grâce à ce dispositif, elles ont pu investir dans du matériel plus sécurisé, recruter et moderniser leur outil de production. Ce n’est pas qu’une opération financière : c’est un projet qui a renforcé la sécurité des usagers et soutenu le développement économique local. Souvent, ce qui nous marque, c’est cet entrepreneur qui nous dit : « Sans ce financement, je n’aurais jamais pu franchir ce cap. » Là, on mesure l’impact humain derrière les chiffres.
Quel est le risque numéro un à sécuriser dans une opération Girardin ?
D’abord vérifier l’éligibilité du matériel, puis la solidité de l’exploitant et la réalité du besoin économique. Vient ensuite un suivi rigoureux : présence locale, contrôles réguliers, reporting, process qualité. C’est pour cela que nos équipes sont présentes dans chaque département ultramarin.
Pouvez-vous nous expliquer simplement la différence entre le plein droit et l’agrément fiscal ?
De plein droit, on parle d’investissements ≤ 250 K€, dans un cadre standardisé et rapide. Avec agrément fiscal, on est au-delà, ou dès le 1er euro pour certaines entreprises - notamment celles relevant du code APE transporteur. Le projet est alors soumis à validation de l’administration fiscale, avec obligation de création d’au moins un emploi. Pour l’investisseur, cela suppose une rentabilité un peu plus modérée et un délai plus long, mais l’objectif reste identique : sécuriser l’opération.
Le dispositif a été prorogé jusqu’en 2029. Si vous vous projetez, quelles seraient les conditions nécessaires pour qu’il perdure au-delà ?
Nous sommes optimistes car les besoins économiques outre-mer restent considérables, notamment dans la transition énergétique, la mobilité ou les infrastructures. Le Girardin a prouvé son efficacité : rapide, agile, adapté au terrain. Pour qu’il s’inscrive dans la durée au-delà de 2029, il faudra que les pouvoirs publics continuent à soutenir l’investissement productif, que le cadre réglementaire reste lisible et que les acteurs de terrain puissent
conserver une certaine souplesse opérationnelle. C’est la combinaison entre rigueur et pragmatisme qui fera la différence.
Au cours de l’année, quel est le meilleur moment pour souscrire à un investissement Girardin ?
Le plus tôt possible ! Plus la décision est anticipée, meilleure est la rentabilité. Les souscriptions « dernière minute » sont souvent moins confortables, tant en gestion qu’en suivi.
Quelles sont ces idées reçues tenaces que vous devez systématiquement déconstruire auprès des investisseurs, ces mythes qui ont la peau dure ? Et surtout, comment parvenez-vous à transformer ces réticences initiales en adhésion éclairée ?
Il y a trois objections récurrentes qui reviennent souvent dans nos échanges avec les investisseurs.
La première, c’est la perception du risque. «Trop risqué» est l’argument numéro un. Pourtant, la réalité est différente : une opération correctement structurée permet de maîtriser les aléas. Le décret de 2015 a profondément transformé notre secteur en renforçant l’encadrement réglementaire. Les dérives qu’on a pu connaître appartiennent au passé. Nous travaillons aujourd’hui dans un cadre strict qui sécurise les investissements.
La deuxième objection concerne la complexité technique. «Trop compliqué » entend-on souvent. C’est vrai que notre métier comporte une dimension technique importante. Pour y répondre, nous avons développé des outils de simplification : documentation claire, process détaillés, accompagnement personnalisé à chaque étape. Notre rôle, c’est justement de rendre accessible ce qui peut paraître complexe au premier abord.
Enfin, beaucoup pensent que ces dispositifs sont réservés à une élite financière. C’est une erreur de perception majeure. Avec un ticket d’entrée fixé à 2 500 euros, nous nous adressons à une cible bien plus large que les très hauts patrimoines. L’essentiel n’est pas le montant investi mais la qualité de l’accompagnement pédagogique que nous proposons. C’est ça qui fait vraiment la différence et qui permet à chacun d’accéder à ces opportunités en toute connaissance de cause.


Une anecdote terrain qui résume l’esprit de Financ’ile ?
Un exploitant qui n’en revenait pas que nos équipes se déplacent physiquement pour vérifier la réalité de l’investissement. Ou un projet débloqué grâce à notre présence locale immédiate. Notre approche repose sur proximité, réactivité, présence physique.
Vous évoquez des dérives passées dans le secteur. Comment garantissez-vous aujourd’hui la conformité ?
Transparence totale : audits renforcés, contrôles sur site, suivi annuel. Nous appliquons des process internes encore plus exigeants que les obligations réglementaires. Mutualisation du portefeuille, garanties financières et juridiques… et toujours la connaissance du terrain avant toute signature.
Quelle conviction vous guide depuis le début ?
Que l’investissement peut être utile, concret et profondément humain. Et que la confiance se construit par la constance : tenir ses promesses.
À quoi ressemblera votre métier dans 5 à 10 ans ? Digitalisation, automatisation… ou, paradoxalement, encore plus de relation humaine ?
La digitalisation va clairement s’intensifier sur les outils de suivi, de conformité, sur les espaces en ligne et le traitement administratif. Mais je suis convaincue que la dimension humaine va reprendre encore plus d’importance dans la relation investisseurs/CGP/exploitants. Aucun logiciel ne remplace une écoute approfondie ou la visite d’un site de production. Notre métier, demain, sera probablement plus réglementé, mais aussi plus exigeant en termes de proximité humaine.
Pour conclure, si une seule phrase devait rester de notre entretien ?
« Notre métier : sécuriser, simplifier et donner du sens à l’investissement outre-mer. »

