La cosmétique cherche de nouveaux ingrédients

Naturalité, performance et réglementation rebattent les cartes de l’industrie cosmétique.
Pour les formulateurs, l’enjeu consiste désormais à concilier ces exigences sans compromis. Fort de son expertise des minéraux et de sa capacité d’innovation, Imerys accompagne cette transformation en développant des solutions naturelles, performantes et adaptées aux défis de demain.
Informations Entreprise : Entre exigences de naturalité, recherche de performance et durcissement réglementaire, quelles sont aujourd’hui les tensions les plus structurantes pour le marché de la formulation cosmétique ?
Marjorie Salot (Technical support manager EMEA Imerys) : Les fabricants de cosmétiques font aujourd’hui face à un défi majeur : concilier naturalité, efficacité et conformité réglementaire. Les formulateurs doivent désormais concevoir des produits capables de répondre simultanément à ces trois exigences. La naturalité est devenue un critère incontournable, avec des référentiels comme la norme ISO 16128 qui poussent les marques à privilégier des ingrédients affichant un indice de naturalité maximal.
Grâce à nos procédés exclusivement mécaniques d’extraction et de transformation, nos minéraux répondent pleinement à cette attente. Parallèlement, l’évolution constante de la réglementation, notamment sur les microplastiques et les exigences de pureté, impose de développer des alternatives naturelles offrant les mêmes performances que les ingrédients synthétiques. C’est tout l’enjeu de notre R&D, qui travaille à garantir les propriétés sensorielles, la sécurité et la conformité de nos solutions. Dans une industrie aussi réglementée que la cosmétique, il est de notre responsabilité d’anticiper ces évolutions et d’accompagner nos clients.
Les ingrédients minéraux peuvent-ils réellement remplacer certains ingrédients synthétiques sans dégrader les performances des produits cosmétiques ?
Marjorie Salot : Il est tout à fait possible de remplacer certains ingrédients synthétiques par des solutions minérales, sans compromis sur la sensorialité, la stabilité ou l’efficacité des produits. Il faut toutefois préciser que cette substitution ne concerne pas tous les ingrédients d’une formule, mais bien la famille des ingrédients fonctionnels, ceux qui apportent des propriétés comme la texture, la viscosité, le toucher ou encore l’effet matifiant.
C’est précisément dans ce domaine que nos minéraux démontrent toute leur valeur. Le kaolin, la perlite ou encore la terre de diatomée permettent, par exemple, de remplacer des microplastiques ou certaines silices synthétiques tout en conservant les performances attendues. Nous validons systématiquement ces résultats grâce à des essais instrumentaux et à des tests réalisés auprès de panels de consommateurs. Cette double approche nous permet de garantir que nos solutions naturelles répondent aux exigences techniques des fabricants de cosmétiques.
Avec la “skinification”, le skin minimalism et la recherche de produits multifonctionnels, comment les attentes des marques envers leurs fournisseurs d’ingrédients sont-elles en train d’évoluer ?
Marjorie Salot : Les marques recherchent aujourd’hui des ingrédients multifonctionnels capables de remplir plusieurs rôles au sein d’une même formulation. L’objectif est de simplifier les formules, de réduire le nombre d’ingrédients et de répondre à la tendance du skin minimalism, qui privilégie des produits plus lisibles et plus efficaces. C’est précisément sur ce terrain que nos minéraux apportent une réelle valeur ajoutée.
Le kaolin, par exemple, peut à la fois purifier la peau, absorber le sébum et apporter de la texture à une formule. La terre de diatomée, quant à elle, combine un effet matifiant avec des propriétés texturantes, notamment dans les rouges à lèvres. Grâce à cette polyvalence, nos ingrédients trouvent leur place aussi bien dans les soins, le maquillage que les produits solaires,accompagnant ainsi l’essor des cosmétiques hybrides qui réunissent plusieurs bénéfices au sein d’un même produit.
Comment Imerys transforme-t-il concrètement des minéraux comme le kaolin, la perlite, le mica ou le carbonate de calcium en ingrédients capables de répondre à ces nouvelles exigences de performance et de naturalité ?
Thierry Casteran (VP Filtration & Sciences de la vie EMEA Imerys) : Notre capacité d’innovation repose sur trois expertises complémentaires : la connaissance géologique des minéraux, leur compréhension physico-chimique et la maîtrise de leur transformation. Grâce à notre réseau mondial de mines, en particulier le mica que nous avons à Ploemeur, nous sélectionnons les gisements les plus adaptés aux performances recherchées, car un même minéral peut présenter des propriétés très différentes selon son origine.
Nous travaillons ensuite sur les procédés de transformation afin d’agir sur la granulométrie ou la forme des particules, des paramètres qui influencent directement des propriétés comme l’absorption, le toucher ou l’effet matifiant. Cette expertise est portée par nos équipes R&D de Toulouse, qui associent recherche analytique, formulation et innovation industrielle. En restant en veille permanente sur les nouvelles technologies de transformation, nous développons des minéraux toujours plus performants, capables d’accompagner les industriels dans la conception de formulations plus naturelles, plus efficaces et plus simples.
Comment Imerys intègre-t-il les enjeux de développement durable et d’économie circulaire dans la production de ses ingrédients minéraux pour la cosmétique ?
Thierry Casteran : La responsabilité environnementale fait partie intégrante de notre modèle. Chez Imerys, nous avons la conviction qu’une exploitation minière ne peut être durable que si elle s’accompagne d’une réhabilitation systématique des sites une fois les gisements arrivés en fin de vie. Cet engagement s’inscrit dans une stratégie globale de développement durable, avec des objectifs mesurables portant sur la réduction de notre empreinte carbone, la gestion des ressources en eau, la biodiversité ou encore la diversité et l’inclusion.

Nous assurons également une traçabilité complète de nos ingrédients et sommes en mesure de partager avec nos clients leur analyse de cycle de vie et leur empreinte carbone. Enfin, nous développons des solutions issues de l’économie circulaire, en valorisant notamment des coproduits d’autres industries, comme les résidus du marbre de Carrare, transformés en ingrédients à forte valeur ajoutée pour la cosmétique.
Quelles ruptures technologiques ou réglementaires anticipez-vous dans les cinq prochaines années, et quelles nouvelles solutions Imerys souhaite-t-il développer pour préparer la cosmétique de demain ?
Thierry Casteran : Nous anticipons les évolutions du marché selon plusieurs axes. Le premier est la veille réglementaire, essentielle pour identifier les futures exigences qui orienteront le développement de nouvelles solutions minérales et de nouveaux procédés. Le second concerne les ruptures technologiques, en particulier l’intelligence artificielle.
Nous travaillons déjà sur son intégration pour optimiser nos procédés industriels, mais aussi pour améliorer l’expérience de nos clients. L’IA nous permet notamment d’accélérer le développement des formulations en proposant des combinaisons d’ingrédients adaptées aux besoins des formulateurs, réduisant ainsi le nombre d’essais en laboratoire avant validation. Nous développons également de nouveaux services pour simplifier le parcours client, avec des outils offrant davantage de réactivité, de traçabilité et de fluidité. L’objectif est toujours le même : accompagner plus efficacement nos clients tout en accélérant l’innovation et la mise sur le marché de nouvelles formulations.




