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Généalogiste successoral un métier mondial, technologique...et profondément humain

il y a 13 minutes
5 min de lecture

Longtemps associé à l’image romanesque du chercheur d’héritiers, le métier de généalogiste successoral s’est profondément transformé. Internationalisation des familles, explosion des données, intelligence artificielle, restitution d’oeuvres spoliées : ADD Associés évolue aujourd’hui à la croisée du droit, de la technologie et de l’investigation. Antoine Djikpa, président du groupe, et Antoine Delabre, cofondateur et président du conseil de surveillance, reviennent sur les mutations d’une profession encore méconnue qui, chaque année, accompagne des milliers d’héritiers à travers le monde.


Informations Entreprise : Le grand public imagine souvent le généalogiste comme une sorte d’aventurier moderne. La réalité est-elle conforme à cette image ?


Antoine Delabre (cofondateur et président du conseil de surveillance du groupe) : Il existe effectivement une forme de fascination autour de notre métier. Lorsque nous expliquons que nous recherchons des héritiers aux quatre coins du monde, certains imaginent immédiatement des aventures dignes d’un roman. La réalité est souvent moins spectaculaire, mais tout aussi passionnante. Nous sommes avant tout des enquêteurs spécialisés, au service du droit, des familles et de la sécurité juridique des successions.


Antoine Djikpa (associé, président du groupe ADD) : La matière première de notre métier, c’est l’état civil. Nous reconstruisons des filiations, analysons des archives, recoupons des informations et engageons notre responsabilité juridique sur les conclusions que nous remettons aux professionnels qui nous mandatent. À bien des égards, notre travail se rapproche de celui d’un journaliste d’investigation : il ne suffit pas de retrouver des héritiers, il faut être certain qu’aucun n’a été oublié.


Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels vous êtes confrontés ?


Antoine Djikpa : Les familles sont de plus en plus mobiles. Les parcours de vie traversent plusieurs pays, plusieurs cultures et parfois plusieurs continents. Une même succession peut aujourd’hui concerner simultanément la France, les États-Unis, l’Europe de l’Est ou encore l’Afrique du Nord.

Cette évolution nous a conduits à investir massivement dans l’international, la data et des outils technologiques capables de traiter des volumes considérables d’informations. Mais, malgré ces avancées, l’expertise humaine reste indispensable pour interpréter les données, reconstituer les histoires familiales et appréhender la singularité de chaque situation.


L’intelligence artificielle est-elle en train de transformer votre profession ?


Antoine Djikpa : Oui, clairement. L’IA nous permet d’exploiter plus efficacement des masses d’informations qui auraient été impossibles à traiter il y a encore quelques années. Nous développons d’ailleurs nos propres outils afin d’accélérer les recherches et la reconstitution des filiations. L’intelligence artificielle reste toutefois un outil d’aide à la décision. Elle accélère les investigations et ouvre de nouvelles pistes, mais la validation finale demeure entre les mains du généalogiste, qui engage sa responsabilité sur ses conclusions.


Derrière les successions, découvrez-vous souvent des histoires familiales complexes ?


Antoine Delabre : Très souvent. Nous intervenons généralement lorsqu’il existe une rupture : une branche familiale perdue de vue, une migration ancienne, un secret de famille ou une absence totale de contact entre certains membres d’une même famille. Les réactions des héritiers peuvent être extrêmement diverses. Certaines découvertes permettent de mettre en lumière des pans entiers de leur histoire familiale et de comprendre des événements restés inexpliqués pendant des décennies. Dans certains dossiers, nous apportons autant de réponses humaines que de réponses juridiques.


Pouvez-vous nous donner un exemple qui illustre la complexité de votre métier ?

Antoine Djikpa : Je pense notamment à un dossier dans lequel une vieille famille aristocratique française semblait devoir transmettre son patrimoine à des cousins éloignés. En poursuivant les recherches, nous avons découvert qu’un ascendant avait fondé une première famille en Algérie avant de s’installer en France. Les héritiers légitimes n’étaient donc pas les cousins identifiés au départ, mais trois demi-frères vivant en Algérie.

Cette affaire démontre que les apparences peuvent être trompeuses et combien une enquête généalogique exige de remonter parfois très loin dans l’histoire familiale pour établir la vérité juridique.


Votre métier reste pourtant assez méconnu. Comment fonctionne concrètement votre rémunération ?


Antoine Djikpa : Il existe principalement deux types de missions. Dans certains dossiers, le notaire connaît déjà les héritiers mais souhaite sécuriser la dévolution successorale. Nous intervenons alors dans le cadre d’une mission de vérification rémunérée au forfait. Dans d’autres situations, les héritiers sont totalement inconnus ou ignorent leurs droits. Nous engageons alors les recherches à nos frais et proposons un contrat de révélation aux héritiers retrouvés.



Ce modèle implique une véritable prise de risque entrepreneuriale. Lorsque nous ouvrons un dossier, nous ne savons jamais combien de temps durera l’enquête, ni même si elle aboutira. Certaines recherches se résolvent en quelques semaines, d’autres nécessitent plusieurs années d’investigation. Si nous ne retrouvons personne, l’intégralité des frais engagés reste à notre charge. C’est l’une des singularités de notre métier.


Cette modernisation a-t-elle changé la façon dont vous exercez votre activité au quotidien?


Antoine Delabre : Complètement. Lorsque nous avons créé ADD Associés, la profession était encore très artisanale. Aujourd’hui, nous nous appuyons sur des bases de données massives, des outils collaboratifs, des plateformes numériques et désormais des solutions intégrant l’intelligence artificielle. La technologie nous permet d’aller plus vite, de croiser davantage de sources et de fiabiliser nos conclusions. Mais l’analyse, l’expérience et le discernement humain demeurent au coeur du métier.


ADD Associés s’est également spécialisé dans la restitution d’oeuvres d’art spoliées pendant la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi cet engagement ?


Antoine Djikpa : C’est un sujet qui nous tient particulièrement à coeur. Depuis plus de 10 ans, nous accompagnons les ayants droit de familles juives spoliées dans leurs démarches

de restitution.

Notre travail consiste à reconstituer simultanément deux généalogies : celle des héritiers et celle des oeuvres. Lorsqu’une oeuvre est identifiée et que son origine est établie, nous engageons les démarches nécessaires auprès des musées ou des détenteurs privés afin qu’une solution juste puisse être trouvée.

Nous avons notamment travaillé sur la collection d’Armand Dorville, un dossier emblématique qui a déjà permis la restitution de nombreuses oeuvres. En juin dernier, une aquarelle de Félicien Rops a ainsi été restituée aux ayants droit en Belgique. Au-delà de la valeur artistique ou patrimoniale, il s’agit avant tout d’un travail de mémoire et de justice.


Quelle est aujourd’hui l’ambition d’ADD Associés ?


Antoine Delabre : Depuis sa création en 1990, le groupe s’est construit autour de trois piliers : l’humain, l’international et la technologie. Cette vision nous a permis de devenir l’un des principaux acteurs de la généalogie successorale en France et dans le monde.


Antoine Djikpa : Notre ambition est de poursuivre cette dynamique en continuant à investir dans l’innovation tout en préservant ce qui faitl’essence de notre métier : la relation humaine. Derrière chaque dossier, il y a avant tout une histoire familiale, des attentes et parfois des décennies de silence. C’est cette dimension profondément humaine qui continue à nous passionner.


 
 
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