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Former en quelques semaines pour répondre à l'urgence du BTP

il y a 44 minutes
4 min de lecture

Le BTP manque cruellement de main-d’oeuvre opérationnelle, tandis que les modèles de formation peinent à suivre les réalités du terrain. Entre crise du neuf et essor de la rénovation, le secteur cherche des réponses concrètes. La Taloche entend y répondre avec des formations courtes, intensives et ancrées dans la pratique, pensées pour former rapidement des profils immédiatement employables.


Informations Entreprise : Comment analysez-vous aujourd’hui les grandes mutations du marché du BTP et leurs impacts sur votre activité ?


Christophe BOUCHARD (cofondateur de La Taloche) : Aujourd’hui, le secteur du bâtiment traverse une crise profonde, qui s’inscrit dans un contexte économique global particulièrement tendu. Le marché du neuf s’est littéralement effondré, notamment sous l’effet de la hausse des taux d’intérêt, de l’inflation des matériaux — parfois jusqu’à +30 % — et des conséquences indirectes de crises internationales comme celle en Ukraine. Cela a fortement freiné les transactions immobilières et fragilisé tout un pan de l’écosystème, avec de nombreuses liquidations d’entreprises, en particulier chez les constructeurs de maisons individuelles.


Dans ce contexte, la rénovation devient le véritable moteur du marché, et c’est précisément là que nous avons choisi de nous positionner. Mais au-delà des enjeux économiques, le secteur souffre aussi d’un problème structurel d’attractivité. Les métiers du BTP restent perçus comme pénibles et peu valorisés, notamment auprès des jeunes générations, en quête de sens et de meilleures conditions de travail. Cette déconnexion entre l’image du secteur et la réalité constitue aujourd’hui un défi majeur à relever.


Assiste-t-on selon vous à une transformation durable des aspirations professionnelles, notamment vers des métiers plus concrets et manuels ?


Alexandre DUBOIS (cofondateur de La Taloche) : Nous sommes convaincus que la montée en puissance des reconversions vers les métiers du BTP s’inscrit dans une tendance de fond, durable. Elle dépasse largement le seul effet conjoncturel. L’émergence de l’intelligence artificielle accélère ce mouvement en fragilisant certains métiers intellectuels, notamment dans l’informatique ou les fonctions supports, où l’automatisation progresse rapidement. À l’inverse, les métiers manuels, ancrés dans le réel, restent difficilement automatisables et gagnent en attractivité.


Mais cette bascule ne date pas uniquement de l’IA. Nous l’avions déjà observée dès le Covid, avec des cadres en quête de sens se tournant vers des métiers concrets. Aujourd’hui, cette recherche de tangibilité, d’utilité immédiate et de satisfaction liée au geste s’intensifie. À cela s’ajoute une aspiration croissante à l’indépendance et à la création de valeur personnelle.


Le BTP répond précisément à ces attentes : un accès rapide à l’emploi, des perspectives entrepreneuriales et un impact direct sur le réel.


Quelles sont, selon vous, les principales limites du modèle de formation traditionnel dans le BTP aujourd’hui ?


Christophe BOUCHARD : Le modèle de formation classique, tel qu’il existe aujourd’hui, n’a finalement que très peu évolué. Il reste largement hérité d’un cadre institutionnel rigide, avec des parcours standardisés et des durées fixes, qui ne tiennent pas toujours compte du rythme réel d’apprentissage des individus. Pourtant, certains apprenants pourraient aller beaucoup plus vite. Ce décalage est d’autant plus visible que d’autres secteurs ont déjà amorcé leur transformation, comme l’informatique avec École 42, ou encore le commerce avec des formations intensives en quelques mois.



Dans le BTP, cette évolution n’avait pas encore eu lieu. Or, le secteur a besoin de compétences immédiatement mobilisables. Le modèle traditionnel reste pertinent pour transmettre des bases solides, mais il manque de flexibilité et surtout d’opérationnalité rapide, ce qui est essentiel pour les adultes en reconversion. Notre approche vise justement à combler ce manque, en permettant une montée en compétence accélérée, directement applicable sur le terrain.


Quels résultats concrets observez-vous aujourd’hui qui prouvent l’efficacité de votre modèle de formation ?


Alexandre DUBOIS : Ce que nous observons très concrètement, c’est que notre modèle répond à des besoins que les formats traditionnels ne couvrent pas. Par exemple, nous formons des artisans autodidactes qui exercent déjà, parfois avec des chantiers réguliers, mais sans diplôme ni cadre légal. Ces profils n’auraient jamais intégré des formations longues de type AFPA ou Greta, car cela impliquerait un arrêt d’activité trop long. En revanche, ils sont prêts à se former sur un mois pour se certifier et se structurer.


Par ailleurs, notre approche permet de réduire drastiquement le délai d’employabilité. Le secteur a besoin de main-d’oeuvre immédiatement opérationnelle, et nous ciblons précisément les gestes essentiels, directement monétisables. Les retours terrain le confirment : même des artisans expérimentés reconnaissent l’efficacité du format intensif. Cela valide notre conviction qu’une formation courte, bien conçue et très pratique, peut répondre efficacement aux attentes du marché.


En quoi vos formations constituent-elles un levier de performance et de fidélisation pour les entreprises du BTP et de la distribution spécialisée ?


Christophe BOUCHARD : Notre modèle présente un réel intérêt pour les entreprises, car il répond directement à leurs enjeux opérationnels. Nous travaillons déjà avec des acteurs comme Bricoman, qui forment leurs conseillers pour renforcer leur expertise terrain et améliorer l’accompagnement client. Nous collaborons également avec des structures comme HomeServe, notamment sur des compétences liées au dépannage.


Alexandre DUBOIS : Notre valeur ajoutée réside dans notre capacité à proposer une formation globale, accessible à des profils débutants, là où beaucoup d’acteurs se concentrent sur des modules produits ou très spécifiques. Nous apportons une compréhension complète des métiers, avec une forte dimension pratique, essentielle et souvent absente des formats e-learning.


Au-delà des compétences, nos formations constituent aussi un levier RH : elles facilitent l’onboarding, renforcent l’engagement des collaborateurs et contribuent à limiter le turnover, un enjeu stratégique pour de nombreuses entreprises du secteur.


À mesure que vous vous développez, comment envisagez-vous l’évolution de La Taloche et, plus largement, celle de la formation dans le BTP dans les prochaines années ?


Christophe BOUCHARD : Notre stratégie aujourd’hui est très claire : nous concentrer sur ce que nous faisons le mieux, plutôt que de nous disperser. Même si la demande est forte sur d’autres segments — comme le chauffage, le bois ou encore le solaire — nous avons fait le choix de ne pas élargir notre catalogue pour le moment. Nous préférons renforcer nos trois piliers : plomberie, électricité et aménagement intérieur, afin d’atteindre un niveau d’excellence.


En parallèle, notre développement passe прежде tout par l’ouverture de nouveaux centres pour répondre à la demande territoriale. Mais surtout, nous misons sur une amélioration continue de nos formations, en intégrant en permanence les retours de nos élèves et formateurs. Notre force réside dans notre capacité à agir vite : tester, ajuster, investir rapidement, quitte à nous tromper. Là où des structures plus lourdes comme AFPA ou Greta peuvent être contraintes, nous privilégions l’agilité pour offrir une expérience toujours plus efficace et adaptée au terrain.


 
 
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