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Le luxe a le goût de l'engagement


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Le Made in France séduit, mais reste un défi quotidien pour les maisons de luxe engagées dans une production éthique, exigeante et locale. Comment conjuguer excellence, responsabilité et ancrage territorial sans renoncer à la créativité ni à la compétitivité ? À la tête de Petrusse depuis 2019, maison bordelaise de foulards et d’étoles, Madame Lafragette impulse une transformation en profondeur, entre relocalisation industrielle, valorisation des savoir-faire et engagement social.

Rencontre.

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Informations Entreprises : Comment abordez-vous les attentes éthiques et

environnementales des clients dans votre stratégie Made in France et luxe ?


Florence Lafragette (Présidente et Directrice Artistique de Petrusse) : Chez Petrusse, nous voyons la RSE non pas comme une tendance, mais comme une conviction ancrée depuis plus de 25 ans dans notre parcours professionnel. Au-delà des engagements environnementaux attendus, nous plaçons l’éthique de la relation humaine au coeur de notre démarche : celle avec nos clients, nos partenaires, nos fournisseurs et nos équipes. Le vrai luxe, selon nous, c’est une attention sincère, personnalisée, une exigence de service qui crée de la fidélité et du sens. Nous avons cette agilité et cette énergie pour faire évoluer les choses avec conviction. C’est là que nous faisons la différence. Nos clients ne viennent pas seulement pour la matière ou les couleurs, mais pour la qualité de la relation.


Quelle est la place du Made in France dans votre démarche luxe ?


Le Made in France est pour nous une conviction, presque un combat. Nous avons dépassé les 60 % de production française dans nos collections, non par opportunisme, mais par volonté de soutenir les savoir-faire locaux et de limiter notre empreinte carbone. Cela dit, le luxe ne se résume pas à une origine : certains pays, comme l’Inde, possèdent des expertises uniques que la France ne peut reproduire.


Nous travaillons main dans la main avec des partenaires historiques, choisis pour la qualité de leur travail et la force du lien humain. Notre engagement est clair : tout ce qui peut être fait dans nos ateliers, en France ou en Europe, l’est. Pour le reste, nous assumons des choix mûrement réfléchis, fondés sur l’excellence artisanale. Le Made in France, ce n’est pas une étiquette, c’est un équilibre entre exigence, impact et fidélité.


Quelle image la marque Petrusse véhicule-t-elle à l’international ?


La France bénéficie d’une image forte à l’international : celle de l’excellence, du goût, de la précision. Depuis nos ateliers ancrés dans le vignoble de Bordeaux, au sein du château Mauriac, nous cultivons cet héritage. Ce lieu inspiré par François Mauriac nourrit notre créativité : là où lui écrivait des histoires, nous les dessinons. Notre ancrage local nous relie à la nature, à l’art de vivre bordelais, au vin, à l’art et à la gastronomie, autant de marqueurs respectés à l’étranger. Cette identité française, empreinte de respect, d’exigence et de savoir-faire, fait écho auprès de nos clients.


Dans un monde en constante mutation, nous restons fidèles à nos convictions, entre Paris et Bordeaux, avec le même souci de l’humain, de l’environnement et du sens. C’est là, à mon sens, que se trouve le véritable luxe, et c’est ce que nos clients apprécient profondément à l’international.


Quels ont été les grands défis à relever depuis la reprise de Petrusse en 2019 ?


Lorsque j’ai repris Petrusse en 2019, moins de 2 % de nos produits étaient fabriqués en France. Relocaliser est devenu un défi stratégique immédiat. J’avais écrit une feuille de route claire : faire de Petrusse une maison engagée dans le Made in France, tout en prenant le virage du digital et de l’international. Aujourd’hui, selon les collections, nous sommes entre 60 et 68 % de fabrication française.


C’est un tournant fort, accéléré grâce à des partenaires partageant cette volonté de relocalisation, notamment dans la filière lin. L’un de nos projets phares, l’étole “Odyssée”, incarne cette aventure : elle est le fruit d’un travail main dans la main avec un tisseur français. Relocaliser n’est pas simple, surtout en pleine crise sanitaire, mais c’est possible avec conviction, exigence et collaboration.


Comment conciliez-vous excellence produit, responsabilité environnementale et maîtrise des coûts ?


Notre ambition n’est pas de produire en France pour cocher une case, mais d’y parvenir avec un niveau de qualité irréprochable. La fabrication française doit être au moins aussi exigeante que ce que l’on obtient ailleurs. Sur la soie ou les emballages, c’est parfaitement maîtrisé. D’autres matières, comme la laine imprimée recto verso, demandent encore du développement. Mais chaque progrès nous rend plus autonomes, plus précis.


Ce niveau de maîtrise nous permet aussi de contenir nos prix malgré l’inflation. Nous produisons en éditions limitées, sans surstock, avec un fort engagement en faveur de l’upcycling. Rien n’est perdu : les chutes deviennent accessoires, les pièces écartées sont réutilisées. C’est un luxe responsable, respectueux de nos clients, de nos partenaires et de la planète. Nous faisons tout pour que nos créations restent accessibles tout en incarnant un vrai savoir-faire.


Comment la crise du Covid a-t-elle influencé la mission et les valeurs de Petrusse ?


Le confinement a marqué un tournant pour Petrusse. Je venais de reprendre l’entreprise et, du jour au lendemain, je me suis retrouvée presque seule à bord. Très vite, des hôpitaux locaux nous ont sollicités pour des masques et des surblouses. Ce n’était pas prévu, mais nous avons répondu présent avec les moyens du bord.


Ce moment de crise a révélé à l’équipe que notre métier avait du sens, que nos créations pouvaient protéger, rassurer, servir. À la sortie du confinement, j’ai rassemblé tout le monde pour poser les fondations d’une nouvelle dynamique. De là sont nées nos valeurs : d’abord Liberté, Créativité, Solidarité, puis élargies à la Responsabilité. Cette période nous a appris à produire autrement, à recycler, à créer utile. C’est devenu le coeur de notre engagement, et le point de départ de nouvelles initiatives sociales et environnementales.


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Pouvez-vous nous parler de l’Atelier Solidaire et de la manière dont Petrusse s’engage pour l’inclusion professionnelle ?


De cette période est née une idée qui me tient à coeur : l’Atelier Solidaire. Pendant le confinement, j’ai fait appel à des couturières indépendantes de la région, dont l’activité était à l’arrêt. Ensemble, nous avons répondu à l’urgence. Depuis, je développe ce projet pour lui donner une dimension plus durable. L’idée est de fédérer un réseau de couturières, en leur confiant des missions adaptées, avec un accompagnement personnalisé.


Nous avançons par étapes, en formant, en encadrant, toujours dans une logique de lien humain et de transmission. L’objectif est maintenant d’aller plus loin avec des ateliers d’insertion, en collaboration avec des associations locales. Offrir une chance à celles et ceux qui en ont besoin, leur permettre d’exprimer un savoir-faire, de retrouver un cadre, une utilité. C’est cela, pour moi, le vrai sens du luxe : l’impact social, local, concret.


 
 
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