Les data centers à l'épreuve de la performance énergétique

L’explosion de l’intelligence artificielle met les data centers sous une pression inédite : consommer toujours plus d’énergie tout en accélérant leur décarbonation. Entre innovations technologiques, nouvelles contraintes réglementaires et financement de projets, Hellio entend accompagner les exploitants avec une approche globale alliant ingénierie, performance énergétique et optimisation des aides.
Informations Entreprise : Comment les exploitants de data centers peuvent-ils concilier l’explosion des besoins liés à l’intelligence artificielle avec leurs objectifs de neutralité carbone ?
Rudy Ayivi (Responsable du Pôle Ingénierie Technique et Financière chez Hellio) : L’essor de l’intelligence artificielle change profondément les enjeux énergétiques des data centers. L’entraînement des grands modèles d’IA accroît les besoins en puissance de calcul, entraînant une hausse de la consommation électrique et des besoins de refroidissement. Dans le même temps, les exploitants doivent respecter des objectifs ambitieux de neutralité carbone à l’horizon 2030-2050.
Tout l’enjeu consiste donc à concilier ces deux impératifs. Pour y parvenir, le premier levier est d’améliorer l’efficacité énergétique des infrastructures. L’indicateur de référence est le PUE (Power Usage Effectiveness), qui mesure le rapport entre l’énergie totale consommée par le data center et celle utilisée seulement par les équipements informatiques. Plus il se rapproche de 1, plus le site est performant. Les meilleurs data centers atteignent aujourd’hui un PUE d’environ 1,1, alors que la moyenne estimée du parc français se situe encore autour de 1,7.
Quels sont aujourd’hui les principaux leviers technologiques et énergétiques pour améliorer la performance des data centers ?
Plusieurs leviers complémentaires existent. Le premier consiste à optimiser les solutions de refroidissement, ces dernières représentant 30 à 40 % de la consommation énergétique du data center. L’installation de confinement des allées chaudes et froides, le refroidissement liquide ou le free cooling sont des exemples de solutions qui permettent d’en améliorer l’efficacité selon les configurations.

Le second levier consiste en la valorisation de la chaleur fatale produite par les serveurs afin d’alimenter des réseaux de chaleur, des hôpitaux, des logements ou des sites industriels, lorsque des besoins existent à proximité.
Nous encourageons aussi à moderniser les infrastructures avec des équipements électriques (onduleur, variateurs de vitesse, etc…) de dernière génération.
Enfin, il est essentiel de construire une stratégie bas-carbone tout en privilégiant une électricité décarbonée, issue notamment du nucléaire et/ou des EnR&R (Énergies Renouvelables & de Récupération) telles que l’hydraulique, l’éolien, le solaire, etc.
Comment est-ce qu’Hellio accompagne les exploitants de data centers face aux nouvelles exigences réglementaires et environnementales ?
Avec les nouvelles obligations réglementaires, telles que la loi DDADUE, les exploitants de data centers doivent structurer une véritable stratégie de performance énergétique et de décarbonation. Nous intervenons sur cinq axes principaux, à savoir : l’optimisation des équipements énergivores, notamment des systèmes de refroidissement et des ASI (Alimentation Sans Interruption), la valorisation de la chaleur fatale, la définition d’une trajectoire de décarbonation adaptée, l’intégration d’énergies renouvelables dans le mix énergétique et la réduction des consommations d’eau.

Notre accompagnement débute en amont des projets avec un état des lieux des installations et l’identification des principaux gisements d’économies d’énergie. À partir de ce diagnostic, nous construisons une feuille de route agrémentée d’une phase de déploiement et d’une phase aval. La première consiste à suivre les travaux et vérifier qu’ils respectent le cahier des charges établi en phase amont. La deuxième permet de valider l’atteinte des objectifs. Cet accompagnement permet aux exploitants de répondre à leurs obligations réglementaires tout en améliorant durablement la performance de leurs infrastructures.

Au-delà du conseil, quel est le rôle de Hellio tout au long des projets de ses clients ?
Notre accompagnement couvre l’ensemble du cycle de vie d’un projet.
Nous accompagnons à la sélection des équipements les plus performants, montons les dossiers de financements (Certificats d’Économies d’Énergie ou CEE et subventions publiques) et suivons les projets jusqu’au versement des aides. Une fois les installations mises en service et les aides perçues, notre mission se poursuit grâce à notre bureau d’études Akéa Énergies et à notre outil de monitoring, DeltaConso Expert. Celui-ci permet de suivre les consommations d’énergie et d’eau, de mesurer les performances réelles des installations et d’identifier rapidement d’éventuelles dérives afin de mettre en place des actions correctives. Cette approche globale nous permet d’accompagner nos clients dans la durée.
Quels types de projets dans les data centers peuvent aujourd’hui bénéficier des Certificats d’Économies d’Énergie et quelle est la position de Hellio dans ces démarches auprès des exploitants ?
Les CEE constituent aujourd’hui un levier de financement encore sous-exploité dans les data centers. De nombreux travaux d’amélioration énergétique sont pourtant éligibles, notamment ceux liés à l’optimisation du refroidissement.
Cela concerne, par exemple, les systèmes de régulation des groupes de production de froid, le free cooling ou encore le confinement des allées chaudes et froides, des équipements déjà largement déployés mais pour lesquels les exploitants ignorent souvent qu’ils peuvent bénéficier d’aides. D’autres opérations, comme l’installation d’ASI plus performantes ou la récupération de chaleur fatale pour alimenter un réseau de chaleur ou produire de l’eau chaude, peuvent également être financées. Notre rôle est d’identifier ces opportunités, de bâtir une stratégie de performance énergétique cohérente et d’accompagner les exploitants sur les volets technique comme financier.
Quels sont aujourd’hui les principaux freins qui ralentissent la transition énergétique des data centers ?
La réglementation n’est plus le principal frein à la transition énergétique des data centers. Les véritables difficultés sont avant tout technologiques et organisationnelles. Les équipes sont conscientes des enjeux, mais elles manquent souvent de temps et de ressources humaines pour mener ces projets à la vitesse souhaitée.
Le refroidissement reste le principal levier d’amélioration, car l’énergie représente plus de la moitié des coûts d’exploitation d’un data center et une part importante de cette consommation est liée au refroidissement.
Des technologies prometteuses, comme le liquid cooling, connaissent un fort développement, mais elles nécessitent encore des retours d’expérience avant d’être déployées à grande échelle. Nous sommes donc plutôt optimistes : la dynamique est engagée, et les freins actuels relèvent davantage de la maturité des technologies que du financement des projets.
Selon vous, à quoi ressemblera le data center du futur et quelles seront les technologies
qui feront la différence ?
Le data center de demain devra trouver un équilibre entre trois exigences : la performance, la disponibilité des services et la sobriété énergétique. Avec la montée en puissance de l’intelligence artificielle, les besoins en calcul vont continuer d’augmenter, tout comme la densité des serveurs et les contraintes de refroidissement.
L’enjeu sera de concevoir des infrastructures toujours plus performantes tout en valorisant l’énergie qu’elles consomment.



